
Une console de salon née d'un projet de fin d'études que le jury avait jugé sans intérêt : l'histoire du SGBC est aussi singulière que la machine. À 27 ans, le Français Thomas Sanfourche, installé à Taipei, développe cette console à base de FPGA qui lit les cartouches Game Boy, Game Boy Color et Game Boy Advance pour les afficher sur un téléviseur. Son créateur en résume le concept dans une interview accordée au vidéaste Gyugyu : une portable « consolidée », à la manière des kits qui modifient les Game Boy Advance au Japon. Son nom, qui pourrait encore changer, rend hommage au Super Game Boy de la Super Famicom.
Du Game Boy au téléviseur 1080p
Le principe du FPGA consiste à reproduire le comportement du matériel d'origine dans un circuit reprogrammable, plutôt que de l'émuler par logiciel. Le SGBC sort en HDMI à 1080p. Son scaler passe du 4/3 au 16/9 et propose surtout une mise à l'échelle par multiples entiers de la résolution native, soit 160 par 144 pixels sur Game Boy et Game Boy Color. Pour retrouver l'image d'époque, la console ajoute un filtre vert imitant l'écran de la première Game Boy, des effets de pixels, des préréglages de teintes et des réglages de gamma.
Plutôt qu'une manette USB, Thomas Sanfourche a retenu le port de la Super Famicom, dont il apprécie le design et dont les boutons couvrent aussi les jeux Game Boy Advance, ce que ne permettrait pas une manette NES. Une carte microSD accueille une bibliothèque de ROMs, à lancer depuis le menu, et la console peut y copier le contenu d'une cartouche insérée, pour garder une sauvegarde numérique de sa collection. La même idée a déjà séduit les possesseurs d'Analogue Pocket. Le firmware pourra être mis à jour au fil des nouvelles versions.


Deux fonctions sont nées des échanges avec le public taïwanais. Le port Link permet aux joueurs de Pokémon de transférer leurs créatures vers une console portable compatible, et les modes de vitesse visent notamment les speedrunners et les chasseurs de Pokémon chromatiques. Le boîtier compact, frappé du slogan « Format compact. Matériel authentique. », associe gris et noir, avec des touches de bordeaux.
Un jury sceptique, puis une rencontre devant un écran PVM
Rien ne destinait pourtant ce projet au commerce. Après le bac, une classe préparatoire et le début d'un cycle d'ingénieur en France, Thomas Sanfourche se découvre un intérêt certain pour l'électronique. Il choisit Taïwan, réputé pour ses semi-conducteurs et TSMC, sans parler un mot de la langue locale. Le certificat de langue exigé pour entrer en cursus, pour lequel il s'était donné deux ans, est validé en six mois. C'est un peu par hasard, intrigué par son intitulé, qu'il s'inscrit en deuxième année à un cours sur les FPGA, avant d'en faire le sujet de son projet de fin d'études : un cœur capable de faire tourner les jeux Game Boy.
Présenté devant un jury, le travail est vite balayé : « C'est quoi l'intérêt de faire ça sur un FPGA ? », lui demande un professeur. Découragé, il arrête le développement. Le déclic vient plus tard, lors de l'achat d'un moniteur PVM à Taïwan. Il y discute avec un vendeur de produits rétro, très investi dans la communauté locale, qui lui lance : « Pourquoi tu commercialises pas ton projet ? ». Cet inconnu propose aussitôt de financer le matériel, et le raccompagne même en voiture avec son écran. Sans rejoindre le projet, il compte revendre des consoles et relaie les avancées sur des groupes Facebook, d'où viennent les demandes des joueurs.


Entre 120 et 160 euros, Taïwan d'abord
Selon son créateur, les prototypes sont finalisés et il prépare d'ores et déjà une première série de circuits imprimés et de consoles destinées à des influenceurs taïwanais. Sauf gros problème remonté par ses tests, les précommandes ouvriront ensuite à Taïwan, sans passer par la case du financement participatif, et la production sera calibrée sur leur nombre. Le Japon devrait suivre, puis l'Europe, les États-Unis n'étant pas au programme pour l'instant. Le prix n'est pas fixé, car celui des FPGA peut selon lui doubler d'une semaine à l'autre : il estime une fourchette de 120 à 160 euros, à comparer aux 160 à 170 euros des kits japonais, sans le montage. Le site officiel rappelle que la compatibilité des jeux, le câble Link et les fonctions définitives restent à valider, et le créateur du projet n'oublie pas d'indiquer qu'il n'est pas affilié à Nintendo.
Le SGBC arrive sur un marché du FPGA de plus en plus animé, où Analogue relance ses consoles et où la SuperStation Pocket vise elle aussi les joueurs de Game Boy. Un prototype doit être confié à Gyugyu pour un test, et une vidéo est prévue pour expliquer ce qu'est un cœur FPGA et comment il se conçoit. Nous reviendrons compléter l'article dédié à ce moment là. D'ici là, si le coeur vous en dit, d'autres machines de ce type sont réunies dans la page FPGA.
Sources : SGBC
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