Pistolet, projecteur, Pico : une borne Nintendo de 1974 renaît en numérique

Cinquante ans après son arrivée en Amérique du Nord, la borne électromécanique Wild Gunman de Nintendo revit grâce à une recréation numérique signée Callan, du collectif 74XX Arcade Repair.
publié le 28 avril 2026

Les jeux d'arcade électromécaniques de l'ère pré-vidéo restent les pièces les plus fragiles du patrimoine vidéoludique. Wild Gunman, machine signée Nintendo en 1974 puis exportée en Amérique du Nord en 1976, en fait partie. Cinquante ans plus tard, un restaurateur ontarien a choisi une voie inattendue : ne pas réparer la borne d'origine, mais la recréer entièrement en numérique pour préserver le précieux film 16 mm encore présent à l'intérieur.

Une borne Nintendo qui projetait du film 16 mm

Avant la NES, avant Donkey Kong, avant même le tournant vidéo des années 80, Nintendo exploitait des systèmes électromécaniques diffusant du film 16 mm à travers deux projecteurs synchronisés. Wild Gunman repose sur quatre bobines présentant chacune cinq adversaires, le joueur devant dégainer plus vite que le bandit affiché à l'écran. La détection ne s'effectue pas par photodiode classique : le pistolet émet un faisceau infrarouge qui rebondit sur l'écran vers un capteur, une astuce élégante pour l'époque mais qui rend tout entretien délicat un demi-siècle plus tard.

Le format film, la mécanique de transport et l'usure des composants optiques font de Wild Gunman un cauchemar pour les collectionneurs. Trouver une bobine en bon état, accepter de la projeter en boucle, accepter aussi qu'une projection finit toujours par dégrader le support : autant de freins à la conservation active de la pièce.

Reconstruire plutôt que réparer

Plutôt que d'ouvrir les bobines, Callan, du collectif 74XX Arcade Repair, a opté pour la duplication intégrale. Le projet remplace les projecteurs 16 mm par un PC associé à un projecteur numérique, et le pistolet d'origine par un light-gun bâti sur une carte Raspberry Pi Pico exécutant le firmware open source OpenFire. La carrosserie, la console et les éléments cosmétiques sont reconstitués via impression 3D, travail du bois et arts textiles, dans le respect de l'esthétique d'époque.

L'approche tranche avec les restaurations classiques. Au lieu d'allonger la durée de vie d'un objet rare, elle reproduit l'expérience entière dans un système qui ne dépendra plus d'aucune pièce d'origine. Le film 16 mm, lui, reste intouché et peut continuer à dormir au sec, des conditions optimales qui ne suffiront pas à le préserver de l'usure du temps. Ce déplacement du curseur — préserver l'expérience plutôt que l'artefact — résume une tendance forte de la scène arcade contemporaine, partagée avec les projets FPGA et les rééditions hardware modernes.

Première sortie publique au Pinfest 2026

La borne reconstruite sera dévoilée à l'Ontario Pinfest 2026, qui se tient à Stayner les 30 et 31 mai. Le timing n'est pas anodin : il marque exactement les 50 ans de l'arrivée de Wild Gunman sur le continent nord-américain. Pour le visiteur, l'expérience promet d'être indiscernable de l'original ; pour le patrimoine, elle ouvre une perspective intéressante de duplication contrôlée des classiques électromécaniques avant qu'ils ne disparaissent par usure.

Le projet est documenté en vidéo par Callan. Reste à voir si la démarche fera école auprès des autres collectionneurs des classiques électromécaniques de l'ère pré-vidéo : la duplication contrôlée pourrait offrir un sursis à des œuvres dont les supports physiques s'érodent inexorablement, et dont les schémas et bobines disparaissent au rythme des fermetures de salles d'arcade.

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Source : Hackaday

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