
Le 29 octobre, Eden-NX2 donnait à l'émulation de la Switch 2 un premier fichier à télécharger. Cette préversion pour Windows, signée Takoroka, laissait alors Mario Kart World aux prises avec de nombreuses saccades et une vitesse insuffisante. Le tableau bouge déjà. Créé le jour même sur GitHub par Djihads80, Eglantine, que son dépôt présente comme un émulateur « VERY experimental », en est au build 60 deux jours plus tard. Il revendique surtout un résultat qui tranche avec ces premiers essais : Mario Kart World y tournerait à une vitesse correcte, voire complète, selon le matériel et les réglages.
Mario Kart World en tête, Bananza à la traîne
Ces promesses demandent à être nuancées. Sur une machine très haut de gamme, associant un Ryzen 7 5800X3D à une RTX 5090, un retour publié sur le dépôt fait état d'environ 60 images par seconde dans Mario Kart World, avec des saccades lors de la compilation des shaders et de légers défauts graphiques. Il ne s'agit pas d'une mesure indépendante, et la comparaison a ses limites : ce relevé vient d'une seule configuration, bien au-delà des 8 Go de mémoire vidéo réclamés par Eden-NX2. Paradoxalement, le même rapport décrit Donkey Kong Bananza bloqué sur son écran de lancement, à la suite d'une erreur d'initialisation de la mémoire, alors que DSOGaming le voyait tourner sur Eden-NX2, certes sans atteindre les 60 images par seconde. Djihads80 renvoie lui-même vers un autre fork, capable de démarrer le jeu.

La stabilité reste l'autre point faible. Un rapport de plantage décrit une image figée, puis la fermeture de l'émulateur après une douzaine de minutes de jeu, en pleine course, sur un PC doté d'une RTX 4070 Super. Les expériences varient fortement d'une configuration à l'autre, du plantage au bout de quelques secondes au démarrage laborieux sur un PC portable équipé d'une GTX 1650. Aucune liste de compatibilité n'est encore disponible, le projet se contentant d'en annoncer une pour plus tard.
Les démonstrations, elles, se multiplient, et elles visent des machines plus accessibles. GameGPU relève 38 à 45 images par seconde dans Mario Kart World sur une RTX 3060 avec Eden-NX2, malgré des micro-saccades et une compilation permanente des shaders. Le site rapporte surtout 60 images par seconde stables dans Splatoon Raiders sur une GTX 1080 Ti, une carte sollicitée à seulement 30 à 43 %, avec un Ryzen 7 5800X3D et 16 Go de mémoire vive, en résolution interne 1x et avec un cache de shaders précompilé. Le test a été mené sur la branche expérimentale ego-nvn2-wip d'Eden par un passionné, et il n'a pas été confirmé de façon indépendante. La prudence s'impose d'autant plus que le README d'Eglantine parle encore de performances variables pour ce jeu, qui ramait énormément sur son écran de sélection des personnages lors des premiers essais. Une vidéo publiée le 30 octobre par JXN-407 montre également le jeu, cette fois sur une configuration bien plus musclée, avec une RTX 5070 Ti et 64 Go de mémoire vive.
Un héritier d'Eden qui comble les écarts avec la Switch
Loin d'un développement parti de zéro, Eglantine reprend la base d'Eden, elle-même issue de Yuzu et de Sudachi, ainsi que les travaux de la branche NX2 de Takoroka. La parenté entre les deux consoles a permis ces démarrages rapides, mais elle n'efface pas leurs différences, comme le détaillent les notes techniques du projet. La Switch 2 embarque six cœurs au lieu de quatre, des instructions absentes du décodeur d'origine et une nouvelle architecture graphique, Ampere, là où son aînée reposait sur Maxwell. Les manques restent nombreux : deux cœurs repliés sur les deux premiers, un upscaling de type DLSS remplacé par un simple filtrage bilinéaire, et pas de prise en charge des task et mesh shaders. Cette dernière lacune pourrait bien expliquer une partie des modèles 3D incomplets signalés dès Eden-NX2.
Le rythme des correctifs, lui, est soutenu. Mis en ligne le 31 octobre, le build 60 répare la disparition du texte des dialogues dans Splatoon Raiders, due à une mauvaise gestion des pages mémoire. Côté plateformes, là où Takoroka s'en tient à Windows, faute de pouvoir tester correctement ailleurs, le projet ajoute à son archive 64 bits une version Linux au format AppImage, qui réclame glibc 2.39 ou une version plus récente. Une version macOS figure dans sa présentation, mais aucun fichier ne l'accompagne dans ce build. Publié sous licence GPLv3, Eglantine ne fournit aucun jeu : l'utilisateur doit apporter ses propres fichiers et les éléments système nécessaires.
PokeDinner dans son sillage, Axiom sous les soupçons
Le fork vers lequel renvoie Djihads80 s'appelle PokeDinner. Dérivé d'Eglantine, il rassemble des correctifs venus d'autres forks et vise d'abord Pokopia, sans se limiter à ce jeu. Sa progression a été rapide : d'une première version le 30 octobre, il est passé dès le lendemain à la version 2.0.0, avec des fichiers pour Windows, Linux et macOS sur puces ARM. Ses notes de version mentionnent des objets invisibles corrigés dans Pokopia, un Mario Kart World qui se lance en jeu et l'intégration de la génération d'images FSR3. La préversion 2.1.0a s'attaque à un écran violet dans Donkey Kong et à un écran noir dans Splatoon Raiders, dont le HDR reste cassé. Une adaptation Android non officielle s'appuie déjà sur cette base, et l'on reste loin du confort de jeu : son mainteneur évoque 20 à 30 images par seconde sur Pokopia et une dizaine sur Donkey Kong Bananza.
Tous les projets ne présentent pas les mêmes garanties. Sur GitHub, Axiom se proclame depuis longtemps « the world's first Switch 2 Emulator », capable de démarrer Mario Kart World, un titre que les observateurs accordent plutôt à Eden-NX2. Son dépôt ne contient pourtant qu'un fichier README, sans code source ni version à télécharger, et promet une sortie une fois les performances améliorées et l'audio implémenté. Le wiki communautaire Emulation General le range parmi les arnaques, en signalant que son nom a servi à réclamer de l'argent pour un prétendu accès anticipé. Le contraste a de quoi rappeler une règle simple de l'émulation : un projet se juge à ce qu'il publie.
L'effet de ces progrès sur les ventes de la console fait déjà débat. L'émulation de la première Switch n'a pas provoqué de drame commercial, et l'intérêt de la machine tient aussi à l'objet lui-même : son format hybride, ses Joy-Con magnétiques et une expérience pensée d'un seul tenant, qu'un PC ne reproduit pas. L'argument du prix pourrait toutefois peser davantage que par le passé. Sur fond de crise de la mémoire, Nintendo a déjà porté la Switch 2 de 469,99 à 499,99 euros en Europe, et équiper toute une famille n'a plus grand-chose à voir avec l'époque où la Switch Lite des enfants côtoyait le modèle OLED des parents. Si ces jeux finissent par tourner correctement sur des configurations modestes, le PC déjà présent à la maison pourrait devenir tentant pour certains foyers.
Reste une question de terrain. La scène des forks, déjà éclatée sur la première Switch, se reforme à grande vitesse autour de la nouvelle console, alors qu'une notification DMCA de Nintendo a fait tomber le dépôt GitHub d'Eden en mars 2026. Eglantine a pourtant choisi cette plateforme, quand PokeDinner s'est installé sur le serveur d'Eden. Les prochains builds diront jusqu'où ces projets peuvent aller, et les suites sont à suivre sur la page Nintendo Switch 2.
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