
Il aura fallu attendre trente-cinq ans pour que la version Commodore 64 d'Ultima VI: The False Prophet ait droit à une véritable bande-son. Le duo 8 Bit Weapon, formé de Seth et Michelle, a mis en ligne le 7 septembre Ultima VI: The False Prophet Commodore 64 Soundtrack 2.0, un album de douze morceaux entièrement joués sur les puces SID de la machine. Il est gratuit, et il comble un manque que les amateurs de la série connaissent bien.
Un portage allégé, presque muet
Sorti en 1990 sur PC, le jeu d'Origin arrive sur Commodore 64 début 1991, à l'issue d'un portage confié à Imagitec Design. L'adaptation relève alors de l'exercice de compression : le jeu tient sur trois disquettes double face, soit environ un quart des données de la version PC, et les conversations imposent de fréquents changements de disquette. Le groupe passe de huit à six personnages, les portraits disparaissent, et le son subit le même régime : aucun effet sonore, et de la musique uniquement pour l'introduction et la fin. Paradoxe pour une machine dont la puce sonore, conçue par un ingénieur venu de la synthèse analogique, reste une référence de la musique 8 bits.
C'est ce silence que 8 Bit Weapon entend combler. Le duo n'a pas écrit de nouvelle partition : il reprend la musique composée et arrangée par Todd Porter, Herman Miller, Ken Arnold et David Watson, en la transposant sur des puces MOS 8580 et 6582. Du thème principal au morceau de fin, les pistes suivent le déroulement de l'aventure, avec Character Creation, The Forest, The Dungeon ou encore Rule Britannia, et Engagement & Melee s'étire sur un peu plus de trois minutes. L'ensemble dure près de 23 minutes. Il ne modifie pas le jeu : l'album s'écoute à côté, en parallèle d'une partie, faute d'être intégré au programme.
Un cadeau, faute de droits
La gratuité ne doit rien au hasard. Le duo présente l'album comme un projet passion et précise ne pas vendre ce dont il ne possède pas les droits. La situation d'Ultima reste d'ailleurs compliquée : la marque appartient toujours à Electronic Arts, et Richard Garriott dit vouloir récupérer les droits de sa série. Pour soutenir leur travail, Seth et Michelle renvoient simplement vers leurs autres albums et vers un lien de don.
Le projet s'inscrit dans un parcours déjà long. Installé à Los Angeles, 8 Bit Weapon compose depuis plus de vingt ans sur des consoles et des ordinateurs d'époque, et a déjà célébré dix ans de carrière avec un album. Sa biographie revendique douze albums autoproduits, dont Class Apples en 2017, présenté comme le premier album entièrement réalisé sur Apple II, et des clients comme Disney, Microsoft ou Electronic Arts. Le duo y cite aussi les éloges de Martin Galway, figure de la musique sur Commodore 64, et de Richard Garriott lui-même, à propos de son travail sur Apple II. Le créateur d'Ultima connaît donc déjà la démarche.

L'album rejoint ainsi les nombreux projets de passionnés autour de Britannia, de la refonte en 3D d'Ultima VII à cette relecture plus modeste, mais fidèle à la machine. Il est disponible sur la page Bandcamp du groupe, et prolonge une longue histoire de musiques écrites pour cet ordinateur, à retrouver sur la page Commodore 64.
Vous aimez notre contenu ?
Suivez-nous pour ne rien manquer !