Paper, Please - douanier, un métier passion

Grosse actualité sur Steam cette semaine : non content de nous proposer une version Gold de Guacamelee et de nous annoncer la sortie prochaine d'Hammerwatch, on nous présente également un jeu indépendant qui fait beaucoup de bruit. Dans Paper, Please vous incarnez un douanier qui officie à la frontière d'un pays communiste factice dans les années 80. Brillant.

En Août sur Steam, vous aurez 3 emplettes indispensables à réaliser : tout d'abord investir dans un masque de catch et distribuer des torgnolles dans le très vivace Guacamelee. Ensuite, vous pourrez visiter les donjons poisseux d'Hammerwatch entre copains. Mais le plus important, et c'est aujourd'hui même que ça se passe, Paper, Please est disponible.

Félicitations. Votre nom a été tiré au sort par le ministère du travail. Vous êtes admis au poste frontière de Greslin. Un appartement vous sera fourni ainsi qu'à votre famille dans le secteur Est de Greslin. Il s'agit d'un logement de classe 8.

Rien à déclarer

Autant vous le dire tout de suite, le jeu est au moins aussi joyeux et cynique que ne l'est le pitch. Votre travail consiste en effet à vérifier les passeports de toute personne souhaitant entrer dans votre pays. Ce pays, c'est Arstotska, ce qui se faisait de mieux dans le régime soviétique des années 80. Lorsque l'on sait en outre que votre pays réchappe d'une guerre de 6 ans contre son voisin le Kolechia, on se doute bien qu'on ne va pas rigoler !

Le challenge qui s'offre à vous est de déceler, parmi la foule des migrants, les passeurs cachés, les espions et autres terroristes. Pour ce faire, vous n'aurez à votre disposition que les directives officielles et les documents fournis par les voyageurs. A vous de décider ensuite de qui rejetter, qui laisser passer, qui arrêter.

Au début assez facile, la fonction se complexifie à mesure que le contexte se tend à nouveau vis à vis du pays voisin. Vous aurez alors à vérifier un nombre de plus en plus important de papiers, vous serez peut être même amenés à effectuer des fouilles corporelles pour éviter l'erreur dont vous serez le seul à subir les conséquences (retenues sur salaire, arrestation...)

Les couleurs de la vie

Couleurs kaki et marron, exiguité sombre de la guérite de laquelle vous ne sortirez même pas pour pisser, visages amorphes et déprimants des personnes que vous contrôlez... on se croirait dans un mélange de La Vie des Autres et Valse avec Bachir... mais comment se fait-il que l'on soit alors littéralement hypnotisé par cette tâche répétitive et assez dérangeante ?

Le réalisme sordide de ce travail de sysiphe nous raméne à notre propre condition humaine, à notre propre réalité qui, en temps de paix et dans nos contrées démocratiques n'est pas soumise à de telles tensions. Que faire en effet face à la vulnérabilité des autres lorsque l'on représente soi-même l'ordre et que sa famille proche dépend de son zèle ?

Dans son livre Les Origines du Totalitarisme, Hanna Arendt décrivait le totalitarisme non comme un régime mais comme une dynamique autodestructive reposant sur la dissolution des structures sociales. L'identité sociale des individus laissant place au sentiment d'appartenance à une masse.

Vous êtes l'ordre, vous êtes partie intégrante de cette masse. Paper, Please, par ses mécanismes répétitifs et déshumanisés vous fait toucher du doigt ce que vous seriez peut être devenus, confrontés à ce genre de contexte.

Antihéros du quotidien

Avec des principes et une réalisation des plus simples,  Lucas Pope procure un jeu détonnant tant il remuera votre assise vidéo-ludique durablement. En incarnant un contre-modèle affamé pantin de la bureaucratie, ce jeu qui dans sa forme consiste à chercher des erreurs dans des papiers qu'on vous présente, devient par le fond et la narration une réflexion vaste sur la déshumanisation.

Je ne vous promets pas que ce jeu vous éclatera les mirettes, qu'il vous fournira des heures et des heures de gameplay. Non. Mais ce que je peux vous dire sans faire bouger l'aiguille du détecteur de mensonges, c'est que Paper, Please est un classique. Déjà.

La bourde involontaire de Lucas Pope

Malheureusement, lorsque l'on fait un jeu tout seul, on n'est pas à l'abris de grosses bévues involontaires qui ne manqueront pas de créer certaines polémiques... En effet, Lucas Pope a utilisé le nom d'Anita Sarkessian comme nom d'une des migrantes du jeu, une stripteaseuse...

Lucas ignorait qu'il s'agissait du nom d'une blogueuse ayant été menacée de mort et de viol suite à ses articles sur la représentation des femmes dans le jeu vidéo. Bourde involontaire (il s'agit de soumissions d'utilisateurs qu'il n'a pas pris le soin de vérifier) qui sera réparée lors d'une prochaine mise à jour à n'en pas douter.

Que cela n'entâche en rien la reception qui sera faite à ce jeu, par les utilisateurs et la presse !

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