CDTV : comment Commodore a vu le futur et raté le présent

CDTV : comment Commodore a vu le futur et raté le présent

/ En mars 1991, Commodore lançait le CDTV, un Amiga 500 déguisé en lecteur hi-fi à 6 990 francs. Porté par Gail Wellington et vendu à seulement 60 000 exemplaires, retour sur le plus visionnaire des fiascos vidéoludiques.

Il est des machines qui ont raison trop tôt. Le Commodore CDTV, lancé en mars 1991, promettait de transformer le téléviseur en centre multimédia interactif — lecture de CD audio, logiciels éducatifs, jeux, encyclopédies. Neuf mois avant le CD-i de Philips, sorti le 3 décembre de la même année, Commodore dégainait le premier sur un marché que personne n'avait encore réussi à définir — et encore moins à conquérir. Un concept qui ne deviendrait réellement grand public qu'avec l'arrivée du DVD et des box Internet, une décennie plus tard. Entre ambition démesurée, marketing calamiteux et une guerre interne chez Commodore, l'histoire du CDTV est celle d'une vision juste portée par les mauvaises personnes, au mauvais moment, et surtout au mauvais prix.

Qu’est-ce que le Commodore CDTV ?

Un Amiga 500 déguisé en lecteur hi-fi

Techniquement, le CDTV — pour Commodore Dynamic Total Vision — n'est rien d'autre qu'un Amiga 500 habillé de noir et logé dans un boîtier digne d'un élément de chaîne stéréo. Sous le capot, on retrouve le processeur Motorola 68000 cadencé à 7,16 MHz (en NTSC) ou 7,09 MHz (en PAL), épaulé par 1 Mo de RAM et le chipset graphique OCS/ECS capable d'afficher 4 096 couleurs. Le système d'exploitation est AmigaOS 1.3, stocké en ROM aux côtés d'un firmware CDTV dédié de 256 Ko. La grande nouveauté tient dans le lecteur CD-ROM simple vitesse intégré, qui permet de lire CD audio, disques CD+G et contenus vidéo au format CDXL.

Le tout est livré avec une télécommande infrarouge faisant office de manette de jeu — un choix de design qui ancre résolument la machine dans l'univers du salon. Ni clavier ni souris ne sont fournis de série, mais un « Pro Pack » proposait l'ensemble complet (clavier, souris, lecteur de disquettes externe et compilation de logiciels du domaine public Almathera) pour transformer le CDTV en véritable ordinateur personnel. Les dimensions — 430 × 330 × 95 mm — et le design épuré en font un objet élégant pour l'époque, pensé pour se glisser entre un magnétoscope et un ampli.

Un catalogue entre promesses et tâtonnements

La logithèque du CDTV compte 63 jeux répertoriés, auxquels s'ajoutent des logiciels éducatifs et des applications multimédias. On y trouve des portages notables : Lemmings (Psygnosis), Battle Chess (Interplay, 1992), Loom (Lucasfilm, 1992), Sim City dans une version enrichie (Infogrames, 1991), Defender of the Crown ou encore la série Turrican (Rainbow Arts). Côté éducatif, des titres comme la série Astérix d'apprentissage des langues ou Sherlock Holmes, Consulting Detective tentent de démontrer le potentiel du support CD-ROM pour le grand public.

Le catalogue français livré avec la machine illustre ce décalage entre ambition et réalité. Quatre titres accompagnent le CDTV : Code De La Route, LTV English, Sim City et MusicMaker. Le premier, développé en France, propose un apprentissage du code de la route à base d'images numérisées et de voix françaises — convaincant dans le principe, mais pénalisé par des questions parfois erronées et un fonctionnement conditionné au paramétrage de la machine en français, alors que certaines autres applications exigent l'anglais. LTV English, de bon niveau pédagogique, souffre d'un manque cruel d'animations. Sim City ajoute du son numérisé et quelques scénarios à la version Amiga, sans réelle rupture. MusicMaker permet de composer avec des sons variés et une sortie MIDI, mais l'absence de sauvegarde limite sérieusement l'intérêt.

Parmi la soixantaine de titres annoncés par Commodore, seule une minorité est véritablement accessible au public francophone. Les encyclopédies (The New Basics Electronic Cook Book, la série Garden Fax, les Time Tables) renforcent le concept de livre interactif, mais sont exclusivement en anglais. Classic Board Games (échecs, dames, jacquet) fait figure d'exception avec ses menus et commentaires multilingues — un exemple que peu d'éditeurs suivront. Le seul titre qui, de l'avis des testeurs de l'époque, tire véritablement parti de la machine est Psycho Killer : images numérisées, animations et sons qualité CD impressionnent au premier abord, mais les temps de chargement sont rédhibitoires et le jeu reste loin de la vidéo plein écran promise par le CD-i.

dis-moi chérie, on se ferait pas un peu chier ?

Mais le constat est cruel : comme le résumera plus tard l'analyse de cette période, « la technologie était en avance sur le contenu ». Les logiciels spécifiquement conçus pour le CDTV restent peu nombreux, et beaucoup se contentent d'être des versions Amiga à peine adaptées. L'absence de lecteur de disquettes intégré — un choix délibéré pour ne pas « ressembler à un ordinateur » — prive la machine de l'accès direct à l'immense catalogue Amiga existant, frustrant les amigaïstes qui auraient pu constituer la base naturelle de clients.

Vu de France : entre fascination et doute

Pour mesurer l'accueil réservé au CDTV en France, deux témoignages de presse d'époque offrent un contraste saisissant. D'un côté, AmigaNews, magazine de spécialistes, aborde la machine avec un enthousiasme technique mesuré, détaillant chaque connecteur et chaque octet de ROM. De l'autre, Joystick, plus généraliste et plus mordant, salue le concept mais se montre implacable sur la réalité du catalogue. Les deux convergent pourtant sur le même point faible : le manque criant de titres, et surtout l'absence quasi totale de logiciels en français.

la une de AmigaNews n°36, juin 1991

 

AmigaNews : l'enthousiasme des initiés

Dans son numéro 36 de juin 1991, AmigaNews consacre un dossier en deux volets au lancement français. Le journaliste Philippe Ducalet annonce la couleur : plus de 2 000 unités sont déjà arrivées dans l'Hexagone pour un lancement officiel fixé au 1er juin. Le prix : 6 990 francs, accompagné de cinq titres en français. Nicolas Costes, responsable des développements CDTV chez Commodore France, promet pour septembre un catalogue de 30 titres francophones — une quinzaine de jeux, une dizaine d'éducatifs et trois titres de culture générale. Côté américain, 52 titres sont déjà disponibles.

La stratégie de distribution rompt délibérément avec le circuit informatique traditionnel. Le CDTV n'étant « pas à proprement parlé un micro-ordinateur », il est distribué au rayon hi-fi de la FNAC, de NASA, de VIRGIN, et dans les pages centrales du catalogue de la CAMIF, aux côtés des lecteurs de CD audio et vidéo. Ducalet confie même que son revendeur favori se trouve « rue Lamartine à Paris ».

Sous le capot : la « Black Baby » dévoilée

En interne, Commodore surnomme le CDTV « Black Baby » — un nom de code révélateur de l'ambition qui entoure cette boîte noire. Le journaliste Nicolas Fournel, dans un second volet du dossier AmigaNews, décortique la machine avec une minutie d'ingénieur. Le lecteur CD-ROM offre 540 Mo de capacité au standard ISO 9600, avec un temps d'accès de 0,5 seconde en moyenne et un débit de 153 Ko/s. Le convertisseur numérique-analogique 16 bits assure une restitution CD audio de qualité, avec édition à l'écran des 16 plages — « réalisant ainsi l'économie d'un lecteur conventionnel de 1 500 francs environ ».

La ROM passe à 512 Ko (contre 256 Ko dans un Amiga 500 ou 2000), embarquant le WorkBench 1.3, un écran de boot animé — le fameux disque CD tournant, remplaçant la main tenant la disquette du boot Amiga classique —, un lecteur CD Audio, un lecteur CD+G et les Preferences. Les cartes mémoire au format carte de crédit (64 Ko à 512 Ko), enfichables en façade, servent de support de sauvegarde — état d'un jeu d'aventure, progrès d'un élève, configuration d'un environnement. La connectique arrière ne lésine pas : ports série RS232C et parallèle Centronics, prises MIDI IN et OUT, sorties vidéo RGB Péritel, RGB digitale et composite PAL, un port SCSI et un slot d'extension interne pour disque dur ou modem.

Un détail révèle cependant les limites de l'architecture : les pilotes du système de fichiers CD et les routines de gestion du lecteur occupent à eux seuls environ 150 Ko de mémoire Chip au démarrage, sans possibilité de les désactiver. Sur 1 Mo de RAM totale, l'espace restant pour les applications se retrouve dramatiquement réduit — le RAM Disk devient quasiment inutilisable au-delà de 400 Ko. Le multitâche avec deux applications gourmandes fragmente rapidement la mémoire. Un accessoire tiers, le CD-Switch de GoldTech, permet de désactiver les pilotes CD tout en conservant la lecture audio, mais nécessite une intervention à l'intérieur de la machine — adieu la garantie.

La télécommande et le pari de l'interactivité

La télécommande infrarouge, d'une portée d'environ 6 mètres, constitue l'interface principale. Hybride entre une télécommande de magnétoscope et un pad de console japonaise, elle dispose de 8 touches directionnelles, d'un pavé numérique de 12 touches, de boutons de validation et de menu, d'un basculeur souris/joystick et de commandes CD Audio (avance, retour, lecture, pause, stop). En mode souris, le curseur se déplace par pas de 4 pixels. L'accessoire optionnel Brick ajoute une trackball, deux connecteurs joystick et un connecteur filaire pour la télécommande.

"Télécommande, maison"

"Si vous savez changer de chaîne de télévision", a déclaré un porte-parole de Commodore, "vous pouvez profiter pleinement de CDTV." CDTV serait vendu à côté des téléviseurs et des chaînes stéréo dans les grands magasins, et non dans les magasins d'informatique. Toute terminologie informatique est soigneusement bannie. On ne parle plus de « programmes » mais de « Titres », en anglais dans le texte. Les interfaces à base de menus sont évitées. L'écran de boot Amiga est remplacé. Commodore veut que le CDTV soit aussi simple à utiliser qu'un magnétoscope. Fournel s'en amuse : « Il vous faudra attendre qu'un démonstrateur tombe de fatigue et qu'il commette un impair — le traître — pour entendre à nouveau ces termes. »

Le panneau LCD en façade, s'il affiche les informations de piste, ne donne pas accès aux fonctions avancées du lecteur CD — temps restant, lecture aléatoire, programmation des pistes ne sont accessibles que via l'écran TV. Un utilisateur souhaitant simplement écouter ses CD audio doit donc brancher un téléviseur, ce qui limite l'usage comme simple lecteur hi-fi. Autre détail irritant relevé par les premiers utilisateurs : le bouton de réinitialisation, placé en façade juste à côté du bouton CD/TV, provoque des redémarrages intempestifs. Et lorsque la machine plante — car le CDTV aussi peut planter —, le classique Guru Meditation de l'Amiga a disparu, remplacé par une réinitialisation silencieuse accompagnée du ronflement caractéristique du lecteur CD remettant sa tête de lecture en position.

Les promesses techniques qui faisaient rêver

Ce qui excite véritablement la communauté Amiga, c'est le potentiel brut des 540 Mo du CD-ROM. Les rapports de décompression de l'époque donnent le vertige : 1:2 en moyenne pour les graphismes (avec 94 % de compression dans les meilleurs cas), 1:2 pour le son, et jusqu'à 1:5 pour le texte. En animation, la machine parvient à décompresser 25 images par seconde sur un quart d'écran en dégradé de gris — modeste, mais Commodore estime que sa « Black Baby » représente déjà « une évolution suffisante par rapport à la micro-informatique familiale » et compte se tailler une bonne part du marché au cours des 12 à 18 mois suivants, avec de l'avance sur le CD-i de Philips et Sony.

Les titres disponibles au lancement français alimentent les conversations : Mind Run (test d'intelligence), Sim City (qualifié de « Génial ! » par Ducalet), Le Code De La Route (« très bonne illustration de l'intérêt du CDTV »), LTV English pour l'apprentissage de l'anglais, et surtout Musicmaker, compatible MIDI et capable d'exploiter les disques CD+G. Les prix restent contenus : 500 F maximum pour un atlas, 350 F pour un jeu. Mais Ducalet émet une réserve lucide : « Les titres n'en étant qu'à leur début, il serait trop facile de critiquer le choix de ce package ; néanmoins j'aurais vivement souhaité voir une application de référence à la place de Mind Run, et particulièrement un atlas ou un dictionnaire. »

L'A690, lecteur CDTV connectable à l'Amiga 500 via le slot d'extension, est annoncé à 3 990 F pour la rentrée. Il offrira les mêmes fonctionnalités que le CDTV tout en permettant d'étendre la mémoire et de connecter un disque dur. Les possesseurs d'Amiga 2000 et 3000, eux, devront attendre un lecteur CD-ROM SCSI externe. Cette annonce — un périphérique offrant la même chose pour moins cher — contribuera largement à saper les ventes du CDTV auprès de sa base naturelle d'amigaïstes.

Joystick n°18, juillet-août 1991

« Oui mais... » : le verdict sans concession de Joystick

Le magazine Joystick, dans son numéro de juillet-août 1991, adopte un ton nettement différent. Le titre donne le la : « CDTV : OUI MAIS... ». Le concept séduit — « la première machine grand public interactive » — mais la réalité du produit refroidit les ardeurs.

Les promesses sur le papier sont vertigineuses : un seul CD-ROM peut contenir l'équivalent de 600 disquettes, soit 260 000 pages de texte, 28 heures de son et des milliers d'images. La fiche technique du lecteur CD-Audio impressionne : suréchantillonnage ×8, rapport signal/bruit de 102 dB, séparation de canal de 92 dB, double convertisseur D/A 16 bits avec 64 niveaux d'atténuation. La compatibilité PAL/SECAM/NTSC promet un marché international unifié. D'un point de vue marketing, souligne la rédaction, « l'idée est excellente : avec le CDTV, l'ordinateur n'étant pas apparent, l'utilisateur de base a l'impression d'utiliser un engin guère plus complexe qu'un magnétoscope tout en bénéficiant d'une qualité d'affichage et sonore miraculeuse ».

Mais au moment de tester les « Titres », la déception pointe. Sur les huit logiciels évalués par la rédaction, un seul parle français : Ordicode d'Educom, un programme de code de la route avec photos digitalisées et voix française, qualifié de « seul produit fini, techniquement à même de rendre jaloux un fana de micro ». Wrath of the Demon de Ready Soft bénéficie d'une intro supplémentaire et d'une jolie musique, « mais le jeu est comme sur micro ». Sim City de Maxis/Infogrames, livré avec la machine, offre une musique réussie et des graphismes « un peu mieux que sur la version Amiga », avec sauvegarde sur ramcard. Prehistoric et Battle Storm de Titus ? « Mis à part la bande son, les logiciels sont comme sur Amiga. » Quant à LTV English de Jériko, l'éditeur n'a même pas été capable d'envoyer un produit fini. Des titres comme Spirit Of Excalibur (Virgin), Falcon et Xenon 2 (Mirrorsoft) sont annoncés mais introuvables. Une encyclopédie Groslier en français, avec des milliers d'images et de sons, est évoquée — mais reste elle aussi à l'état de promesse.

Le constat de la rédaction est limpide : « Développer sur CDTV coûte cher et vendre 300 francs l'équivalent de 600 disquettes de données n'est pas à la portée du premier venu. Et comme un morceau original coûte cher, on a souvent droit à de la musique de stock. » Autre contrainte pratique relevée par Joystick : les disques doivent être placés dans un chargeur spécial — un caddy — avant d'être insérés dans le lecteur, une manipulation supplémentaire face à un lecteur CD audio classique.

Le spectre linguistique inquiète particulièrement la rédaction. Avec une nette prédominance de l'anglais dans le catalogue, le magazine redoute un scénario noir : « Les passionnés se contenteront de produits anglais et le grand public, vaguement déçu et complètement largué, retournera s'amuser avec des media non-interactifs bien de chez nous. » Et de dresser une liste de machines « choristes » ayant connu le même sort — Acorn/Archimedes, Sony/MSX, Sinclair/QL, Apple/IIGS et Lisa — en se demandant si le CDTV ne va pas rejoindre ce cimetière des bonnes idées mal exécutées. Le résumé final claque comme un verdict : « Un Amiga noir sans clavier ni drive mais équipé d'un lecteur de CD spécifique dont le choix est pour l'instant restreint mais alléchant. Faudrait voir. »

Gail Wellington, la « mère » du CDTV

De rédactrice technique à directrice de projets spéciaux

Derrière le CDTV se cache une figure méconnue de l'histoire de Commodore : Gail Wellington (1940–2025). Née à Yonkers, dans l'État de New York, aînée de trois enfants, elle grandit avec un grand-père né en 1892 persuadé que les femmes pouvaient exceller dans n'importe quel métier — « à l'exception de ceux qui exigent la force brute ». Diplômée en technologie industrielle avec une mineure en ingénierie mécanique de la Northeastern University (promotion 1971), elle passe par les salles de dessin d'Itek puis par la division missiles de Raytheon, où elle rédige des procédures de sécurité et de manutention, avant de s'orienter vers la rédaction technique.

Elle rejoint Commodore UK le 1er juin 1981 à Slough, dans des circonstances inattendues : recalée lors de sa candidature pour un poste de rédactrice technique, elle est finalement embauchée quand le candidat retenu ne se présente pas. Sa première mission : rédiger un manuel expliquant… comment rédiger des manuels de logiciels. Rapidement, elle identifie les dysfonctionnements entre équipes de développement, de test et de documentation. Sa proposition de jumeler rédacteurs techniques et testeurs qualité lui vaut une promotion au poste de responsable des opérations logicielles pour Commodore UK.

En 1983, elle contribue au lancement de 70 titres à moins de 100 dollars pour le Commodore 64 au CES d'été, parmi lesquels Easy Script, Intro to BASIC, Gortek and the Microchips et International Soccer d'Andrew Spencer. Sa stratégie : élargir le catalogue au-delà du jeu vidéo, vers l'éducatif et la productivité, pour ne pas cannibaliser les ventes du VIC-20.

L'Amiga, de Los Gatos au Lincoln Center

En mars 1985, Wellington est envoyée en Californie pour servir de liaison entre les équipes Amiga de la côte Ouest (Los Gatos) et de la côte Est. Une mission prévue pour trois semaines qui durera plus de trois mois — au point qu'elle demande un après-midi de congé pour s'acheter des vêtements d'été, accordé par les vice-présidents. C'est elle qui coordonne les opérations techniques lors de la présentation historique de l'Amiga au Lincoln Center de New York, le 23 juillet 1985 — gérant les opérateurs, les projecteurs et le système de secours en cas de plantage via un casque de communication. Elle travaille notamment avec Island Graphics sur la célèbre séquence d'animation de la ballerine Amiga.

De retour au Royaume-Uni en octobre, elle organise en huit semaines la première European Amiga Developers Conference, tenue en décembre 1985 au Grande Hotel d'Eastbourne. Plus de 300 participants issus de 100 éditeurs y assistent, au tarif de 325 livres par personne, pour un événement de trois jours ponctué de soirées à thème victorien et futuriste. C'est lors de cette conférence que Dale Luck, l'un des créateurs de la démo Boing Ball, lui prête sa veste argentée à l'effigie de l'emblème Amiga — un vêtement qu'elle conservera précieusement.

L'Amiga derrière le rideau de fer

En octobre 1986, devenue Worldwide Amiga Product Manager depuis West Chester en Pennsylvanie, Wellington visite 11 pays en une seule année, dont l'Union Soviétique. Elle y présente l'Amiga à des ingénieurs du GKNT (Comité d'État pour la science et la technologie), dans un contexte de guerre froide où chaque déplacement est surveillé par un « accompagnateur » gouvernemental. Le traducteur fourni par les Soviétiques, dépourvu de vocabulaire informatique, est corrigé en direct par les ingénieurs eux-mêmes. Entre deux démonstrations, Wellington assiste à une représentation de Don Quichotte au théâtre du Kremlin par le Bolchoï, et à un match de hockey Russie-Finlande.

CATS et la conquête des développeurs

En octobre 1987, le directeur des opérations Henri Rubin lui confie la direction du CATS (Commodore Applications and Technical Support), la division chargée des relations avec les développeurs tiers et de l'organisation des DevCon Amiga à travers le monde. Son équipe technique — parmi laquelle Carolyn Scheppner, Dan Baker, Matt Blaze, Adam Levin et David Junod — constitue le lien vital entre Commodore et l'écosystème créatif qui fait vivre la plateforme.

En janvier 1990, le nouveau président Mehdi Ali — ancien de Cullinet Software — la remplace à la tête du CATS par Jeff Scherb et la nomme Directrice de Projets Spéciaux. Wellington attribuera plus tard cette mise à l'écart à des préjugés culturels d'Ali concernant les femmes en position de leadership : « De 1981 à 1990, je n'ai jamais subi de discrimination liée au genre. Quand quelque chose devait être fait, personne ne se demandait si un homme ou une femme devait s'en charger. Celui qui savait faire, le faisait. L'industrie était toute neuve et il n'y avait pas de rôles assignés. » L'arrivée d'Ali en 1989 change la donne.

Gail Wellington présente le CDTV - World of Amiga show 1991

 

La machine à graver des CD à 125 000 dollars

Son premier projet comme Directrice de Projets Spéciaux : le CDTV. Ses collègues surnomment rapidement la machine « Gail's Baby ». Elle installe son équipe dans un bâtiment de deux étages au 1200 Wilson Drive, à West Chester — le logiciel au second, le matériel au premier sous la direction de Don Gilbreath.

L'un des défis majeurs est d'ordre pratique : en 1990, graver un CD-ROM relève de l'exploit logistique. Wellington convainc Commodore d'acquérir une machine de mastering Yamaha à 125 000 dollars — l'une des trois seules présentes aux États-Unis à l'époque, les deux autres appartenant à IBM et Apple. La machine permet de graver des images ISO en environ trois heures et de renvoyer le résultat aux développeurs avec leur disque dur. Ce service, offert gratuitement, abaisse considérablement la barrière d'entrée pour les studios souhaitant produire des titres CDTV.

L'avantage stratégique est réel : les développeurs Amiga existants sont, selon l'expression de Wellington, « aux trois quarts du chemin » pour créer un titre CDTV, puisque l'architecture est identique. Face au CD-i de Philips, dont l'environnement de développement est entièrement nouveau, c'est un argument de poids. Les premières démonstrations se font avec un Amiga 500 relié à un lecteur CD externe — aucun prototype CDTV n'étant encore disponible — dans des remorques garées sur les parkings du CES ou dans des salles adjacentes du World of Commodore à Londres. Une publication spécialisée imprimera même une caricature représentant la file d'attente devant la porte de Wellington.

L'après-Commodore

Licenciée en juillet 1992 après onze ans et un mois de service, Wellington apprend la nouvelle par les ressources humaines. Un appel au PDG Irving Gould confirme l'inévitable : « Oui, j'ai entendu. Je suis désolé, mais je ne peux pas changer ça. » Fidèle à son tempérament, elle ne s'apitoie pas longtemps. Lors d'un panel au symposium de la Software Publishers Association, elle se lève et déclare : « Oui, je cherche un emploi. » Un employé d'OptImage Interactive Services, coentreprise entre R.R. Donnelley & Sons et Philips spécialisée dans les outils de création CD-i, l'approche immédiatement. Elle y devient vice-présidente marketing et ventes en novembre 1992, à Des Moines dans l'Iowa.

Par la suite, Wellington se reconvertit dans le commerce floral avec sa fille, dans une boutique nommée Three Peas in a Pod — sa fille apportant l'expertise floristique, elle-même la gestion. Loin de l'industrie informatique, elle continue néanmoins de peindre (pastels et aquarelles, vendus sous forme de cartes de vœux dans la boutique), rédige une newsletter de quartier, préside le conseil d'administration de l'école d'art Art Fusion 19464, et anime des ateliers d'appréciation artistique auprès d'écoliers de la vallée du Delaware. Elle reste aussi, jusqu'au bout, supportrice de Chelsea FC — un attachement né de l'époque où Commodore UK sponsorisait le club londonien.

Prix, marketing et échec commercial

999 dollars : le prix qui tue

Le CDTV est présenté officiellement au CES d'été 1990 à Chicago, puis lancé commercialement en janvier 1991 au CES de Las Vegas, au prix de 999 dollars aux États-Unis — soit l'équivalent d'environ 2 360 dollars actuels. Au Royaume-Uni, le tarif est fixé à 499 livres sterling, télécommande et deux logiciels inclus. Les premières livraisons débutent en mai 1991, limitées à cinq villes californiennes.

Nolan Bushnell, le fondateur d'Atari, recruté en mai 1990 comme ambassadeur du projet, résume sans détour le problème : « Il est très difficile de vendre des quantités significatives de quoi que ce soit à plus de 500 dollars. » Et d'ajouter, avec son assurance coutumière : « Je pensais pouvoir vendre cent mille unités de quelque chose à 800 dollars la tête en bas. » Mais même Bushnell, dont le rôle se limite en réalité aux relations publiques sans implication dans le développement, ne peut sauver la mise.

Un positionnement introuvable

Le problème du CDTV n'est pas seulement tarifaire. Commodore tente de présenter la machine comme une catégorie à part entière — ni console de jeux, ni ordinateur, ni lecteur CD — sans jamais capitaliser sur la marque Amiga, pourtant prestigieuse auprès des créatifs et des joueurs. Plusieurs observateurs noteront qu'un nom comme « Amiga Vision » aurait été infiniment plus parlant que le cryptique CDTV. Le marketing cible les publications spécialisées Amiga plutôt que le grand public, et la réputation de Commodore en matière de support technique — qualifiée d'« abominable » par la presse spécialisée — n'aide en rien.

Pour aggraver la situation, Commodore annonce l'A570, un lecteur CD-ROM externe pour l'Amiga 500, qui offre des fonctionnalités identiques au CDTV à moindre coût. La base installée d'amigaïstes, qui aurait pu constituer le premier cercle d'adopteurs, préfère logiquement attendre cet accessoire plutôt que de racheter une machine complète. Le CDTV se retrouve pris en étau entre un public mainstream qui ne comprend pas le produit et une communauté fidèle qui a mieux à faire de son argent.

Les chiffres du naufrage

Le bilan commercial est sans appel : environ 25 800 unités vendues en Allemagne, 29 000 au Royaume-Uni, et des ventes négligeables aux États-Unis. Le total mondial avoisine les 60 000 exemplaires — un chiffre dérisoire pour une machine censée conquérir les salons du monde entier. En 1993, la production cesse. Le CDTV est remplacé par l'Amiga CD32, première console 32 bits dotée d'un lecteur CD, qui connaîtra elle aussi un destin funeste dans le naufrage général de Commodore. En 1994, le magazine Computer Gaming World qualifie le CDTV de « fiasco ».

Le CDTV-CR : le successeur fantôme

Un successeur amélioré et moins coûteux, le CDTV-CR — pour Cost Reduced —, avait été développé en interne par le Multi Media Systems Design Group de Commodore, sous la direction de Hedley Davis, Beth Richard et Scott Schaeffer. Également désigné sous les noms CDTV-II ou CDTV-500, ce prototype rompait radicalement avec son aîné. Exit l'architecture Amiga 500 : le CDTV-CR reposait sur celle de l'Amiga 600, avec un recours massif aux composants montés en surface (CMS) — y compris le processeur Motorola 68000 —, un chipset ECS épaulé par deux puces inédites (Beauty pour le contrôle de la façade et l'infrarouge, Grace pour la gestion mémoire, le CD et le PCMCIA), un Kickstart 2.05, un lecteur CD double vitesse à tiroir (fini le caddy), une interface IDE 44 broches pour disque dur 2,5 pouces, et un port PCMCIA Type II remplaçant l'ancien emplacement de carte mémoire — ouvrant la porte aux extensions SCSI, Ethernet ou mémoire supplémentaire.

Le boîtier avait été entièrement redessiné. Un emplacement en façade, masqué par un cache, pouvait accueillir un lecteur de disquettes interne à façade noire assortie. Un port clavier, lui aussi dissimulé derrière un cache, avait été totalement reconçu — il deviendra plus tard le port « AUX » de la CD32. L'afficheur LCD avait été enrichi d'un égaliseur graphique, d'un indicateur de type de disque (CDDA, CDTV, VideoCD, CD Kodak), d'un contrôle de volume et d'une animation de CD en mouvement signalant l'activité du lecteur. La carte vidéo, entièrement revue, regroupait désormais toutes les sorties (S-Video, composite, RF et RGB) sur une seule carte fille, et intégrait un connecteur pour une carte FMV optionnelle capable de décoder des flux MPEG — une carte qui sera développée, fabriquée et testée, et qui ne sera finalement commercialisée qu'en 1994 pour la CD32.

L'ironie cruelle de cette histoire, c'est que le projet censé réduire les coûts a probablement fini par coûter plus cher que l'original. Le développement des puces Beauty et Grace, spécifiques au CDTV-CR, représentait un investissement considérable pour une machine dont le marché restait à prouver. Le projet fut annulé à l'été 1992 — au même moment où Gail Wellington était licenciée. Selon Guy Wright, l'un des concepteurs, seuls six exemplaires complets furent assemblés, dont certains avec des boîtiers légèrement défectueux — la façade du lecteur CD était trop étroite pour laisser le tiroir s'éjecter sans forcer. Beth Richard, conceptrice de la puce Grace, évoque quant à elle 64 unités produites, sans préciser s'il s'agit de machines complètes ou de cartes mères nues. Un modèle « albinos » à boîtier beige existerait également, rendant ces prototypes parmi les pièces les plus rares de l'univers Amiga.

L'héritage d'un échec visionnaire

Avec le recul, le CDTV avait vu juste sur presque tout : le CD-ROM comme support de référence, le téléviseur comme écran central du foyer numérique, la convergence entre jeu vidéo, éducation et multimédia. Il aura fallu attendre la PlayStation (1994) pour que le lecteur CD s'impose dans les consoles, et la Xbox 360 ou la PS3 pour que le concept de « centre multimédia de salon » devienne une réalité commerciale.

Le CDTV était-il un Amiga ?

La question peut sembler rhétorique, mais elle agite encore la communauté amigaïste trente-cinq ans après. De l'aveu même de Commodore, le doute est permis : la firme n'a jamais souhaité accoler le nom Amiga à sa machine, et l'a livrée sans lecteur de disquettes — un organe pourtant indispensable à tout Amiga de l'époque. Le CDTV serait-il un simple OVNI multimédia greffé sur un chipset et une ROM d'emprunt ?

Les faits techniques plaident sans ambiguïté pour la filiation. En branchant un clavier, une souris et un lecteur de disquettes externe, le CDTV devenait un Amiga à part entière. Il pouvait accueillir une carte SCSI et un disque dur interne, booter sur le WorkBench depuis une disquette, un CD-ROM ou un disque dur, et exécuter la totalité des logiciels Amiga OCS. Extensions mémoire, interface MIDI de série, port parallèle, port série — la liste des possibilités était longue, plus longue même que celle d'un Amiga 500 standard.

Les utilisateurs avancés de l'époque ne s'y trompaient pas. Certains personnalisaient leur CDTV avec les commandes ARP, l'éditeur de texte CygnusEd, le gestionnaire de fichiers Disk Master, MessyDOS pour lire les disquettes PC et le lecteur de modules PowerPlayer. La programmation en SAS C était techniquement possible, quoique à l'étroit avec 1 Mo de mémoire et un seul lecteur de disquettes. Côté compatibilité logicielle, le bilan était nuancé : Deluxe Paint, ProTracker, Thunderhawk, Lotus 2 et Pinball Fantasies fonctionnaient sans accroc, mais Marble Madness refusait de se lancer malgré le Kickstart 1.3, et StarGlider ne parvenait pas à formater ses disquettes de sauvegarde. Les logiciels compressés avec PowerPacker se montraient particulièrement capricieux en présence du lecteur CD. Un paradoxe qui résume toute l'ambiguïté de la machine : assez Amiga pour faire tourner la majorité du catalogue, pas assez standard pour garantir une compatibilité universelle.

Certains passionnés vont plus loin : le CDTV serait non seulement un Amiga, mais le plus complet de sa génération pour le grand public — l'Amiga 3000 restant la référence pour les professionnels. Sa télécommande infrarouge sans fil, en 1991, constituait une innovation qu'il faudra attendre la PlayStation 3 et sa manette Bluetooth pour retrouver dans l'univers des consoles. Le MIDI intégré en série ouvrait la machine aux musiciens. La connectique arrière rivalisait avec celle de stations de travail autrement plus onéreuses.

D'autres voient dans cette dualité la cause même de l'échec. Le CDTV était, selon cette lecture, « un Amiga 500 déguisé en plateforme multimédia pour tenter de s'incruster dans ce marché fleurissant, et amputé de son lecteur de disquettes pour ne pas corrompre son subterfuge ni faire fuir la populace ». Le problème : sous le capot, c'était « juste » un 500. En 1991, alors que la concurrence promettait le saut technologique, proposer un habillage de salon autour d'un processeur et d'un chipset déjà vieillissants ne suffisait pas à justifier le prix demandé. L'histoire aurait peut-être été différente si le CDTV avait inauguré le jeu de composants AGA, avant de le démocratiser sur le reste de la gamme avec l'A1200 et l'A4000. Un tel choix aurait aussi encouragé les amigaïstes existants à s'équiper d'un lecteur CD-ROM, alors que l'usage de la galette de 12 cm est resté longtemps marginal sur la plateforme.

Le format lui-même a sans doute pesé. Si le CDTV avait adopté un boîtier tour plutôt qu'un châssis de lecteur hi-fi, il aurait peut-être été perçu pour ce qu'il était réellement : un ordinateur complet doté d'un lecteur CD-ROM, à une époque où quelques années plus tard, tous les PC seraient équipés de ce même périphérique. En voulant le vendre comme un « truc multimédia interactif » de salon, Commodore a masqué la nature profonde de la machine — et sacrifié l'argument qui aurait pu la sauver.

La liste des extensions disponibles témoigne d'un écosystème tiers actif malgré les ventes modestes : contrôleurs IDE AdIDE 40 et AdIDE 44 d'ICD, contrôleur SCSI SCSI-TV d'AmiTrix Development, extension mémoire BigRAM CD8 de 2 à 8 Mo de W.A.W. Elektronik, double Kickstart CD Kick du même fabricant, genlocks internes CD1300 et CD1301 de Commodore, et adaptateurs manette Brickette (Commodore) et CD-Joy (Almathera/GoldTech). La mise à niveau du Fat Agnus vers la version gérant 2 Mo de mémoire était possible grâce à la carte MegaChip. Le passage au Kickstart 2.04 l'était aussi, à condition de remplacer les puces de gestion du lecteur CD — des ROM malheureusement réservées aux développeurs, et fortement déconseillé sans extension mémoire. Une carte accélératrice Blizzard de Phase 5, proposant un 68000 à 14 MHz et 2 Mo de mémoire supplémentaire, fut annoncée mais jamais commercialisée.

Pour d'autres enfin, le CDTV n'était ni une console ni un ordinateur, mais la réponse de Commodore aux systèmes à base de laserdisc qui commençaient à équiper les établissements scolaires et les centres de formation. Un appareil presque « trop Amiga », dans le sens où sa présentation extérieure semblait promettre bien plus que ce que le matériel pouvait offrir. À la question de savoir si le CDTV est un vrai Amiga, un collectionneur résume l'état d'esprit de toute une communauté : « Si c'est un vrai Amiga ? C'est THE Amiga. »

Le destin de Gail Wellington — détaillé plus haut — illustre à lui seul les dysfonctionnements internes qui ont précipité la chute de Commodore. La femme qui avait porté le CDTV à bout de bras est écartée au moment précis où la machine aurait eu le plus besoin de son énergie et de son réseau. Ce n'est pas le CDTV qui a tué Commodore, mais Commodore qui a tué le CDTV — en sacrifiant les personnes capables de le sauver.

Une fonctionnalité souvent oubliée mérite d'être sauvée de l'oubli : la possibilité de lancer un CD audio à tout moment — depuis le WorkBench, pendant le démarrage, au milieu d'un jeu. Le lecteur physique pouvait être contrôlé indépendamment du logiciel via les boutons en façade, créant une expérience de bande-son personnalisée avant l'heure. Les joueurs de l'époque recommandaient de lancer Lotus 2 avec Angel Dust de Faith No More, StarGlider 2 avec du Jean-Michel Jarre, Thunderhawk avec du Metallica, ou Blazemonger avec du Cher — des associations improbables qui préfiguraient les playlists gaming d'aujourd'hui. Le volume de la sortie audio Amiga, plus élevé que la sortie CD hi-fi, tendait toutefois à noyer la musique du disque, et les jeux disposant de leur propre bande-son (Turrican, Pinball Dreams) créaient des chevauchements de tempo peu heureux.

Émuler le CDTV : la machine revit sur écran moderne

Pour ceux qui ne possèdent pas la machine d'origine — ou qui préfèrent éviter les aléas d'un lecteur CD-ROM simple vitesse trentenaire —, l'émulation offre aujourd'hui plusieurs voies d'accès au catalogue CDTV. La configuration requiert dans tous les cas les Kickstart ROMs originales : la ROM standard de l'Amiga 500 (Kickstart v1.3, révision 34.5) complétée par l'Extended-ROM CDTV v1.0 de 1991, spécifique à la machine. Ces fichiers peuvent être obtenus légalement via Amiga Forever de Cloanto, dans ses éditions Plus ou Premium.

WinUAE, la référence de l'émulation Amiga sous Windows, propose l'émulation CDTV la plus complète. Le logiciel prend en charge l'intégralité du matériel, y compris le chip Akiko nécessaire à la compatibilité CD32, et supporte les images disque aux formats ISO et BIN/CUE. La configuration, si elle peut intimider les néophytes, offre un contrôle total sur chaque paramètre matériel — mémoire, chipset, périphériques. FS-UAE, son pendant multiplateforme (Windows, macOS, Linux), propose une interface plus accessible qui guide l'utilisateur dans l'installation des fichiers BIOS et la configuration des chemins d'accès aux jeux, avec un résultat d'émulation comparable.

Pour les adeptes de RetroArch et de l'écosystème Libretro, le core PUAE intègre le CDTV parmi ses modèles sélectionnables. Il constitue la solution la plus pratique pour intégrer le catalogue CDTV à une station de retrogaming unifiée, aux côtés de dizaines d'autres systèmes. Un Kickstart AROS de remplacement est intégré en secours, mais la compatibilité reste nettement inférieure à celle obtenue avec les ROMs originales. Les distributions spécialisées comme Batocera, Recalbox ou RetroPie exploitent ce même core et permettent de lancer des titres CDTV depuis un Raspberry Pi ou un mini-PC de salon — une ironie de l'histoire, puisque ces boîtiers à 50 euros réalisent en 2026 exactement ce que le CDTV à 6 990 francs promettait en 1991.

Côté matériel, le projet MiSTer FPGA et son core Minimig permettent de recréer le CDTV en logique reconfigurable, au plus près du silicium d'origine. Le core supporte la configuration en CDTV et gère les images CD aux formats CHD et BIN/CUE. La majorité des titres fonctionnent, même si certains jeux exploitant des spécificités de l'interface CD propriétaire peuvent poser des difficultés. Le projet AmigaVision, qui fédère la communauté MiSTer autour d'un launcher unifié, a ajouté le support du boot d'images CD32 et CDTV directement depuis son interface — preuve que la communauté FPGA n'a pas oublié ces machines orphelines.

Conclusion

Ne soyons pas trop durs à l'occasion de ce 35e anniversaire et concédons lui la vision d'un futur qui est bel et bien arrivé, mais pas de la manière dont Commodore l'avait imaginé.

En revanche, le bilan résume la dualité de la machine. Au crédit du CDTV : l'aspect superbe, le lecteur CD en standard, la télécommande, les possibilités de genlock et le connecteur SCSI. Au passif : le port manette non standard, l'extension mémoire insuffisante, le bouton de réinitialisation mal placé, l'absence de pile pour sauvegarder les réglages de l'horloge, et surtout l'impossibilité de contrôler indépendamment le volume audio Amiga et CD.

Aujourd'hui, le CDTV reste un objet de collection prisé par les amigaïstes. En décembre 2021, une mise à jour non officielle du firmware (v2.35) a ajouté la compatibilité avec les cartes accélératrices 68030 et la RAM Fast 32 bits, preuve que la communauté n'a pas oublié cette machine née sous l'étoile de l'Amiga.

Sources : Wikipedia, Commodore International Historical Society, AmigaNews n°36, juin 1991, Joystick n°18, juillet-août 1991

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