Jeux rétro générés par IA : NESdev, SMS Power et CPC Power érigent une digue

Face à l'afflux de portages générés par IA, NESdev, SMS Power, CPC Power ou Fandal tranchent. Les portails de la scène homebrew doivent choisir leur ligne éditoriale.
publié le 16 octobre 2026

En quelques semaines, la scène homebrew a changé d'échelle. Les portages de jeux d'arcade ou de consoles de salon, autrefois le fruit de mois, voire d'années de travail, se comptent désormais par dizaines chaque semaine, et nombre d'entre eux sont produits avec l'aide d'assistants d'intelligence artificielle, quand ils ne sont pas entièrement générés par eux. Dans un édito publié le 15 octobre sur le Mag de MO5.COM, Guillaume Verdin fait le constat : sur près de quatre-vingts sorties rétro recensées la semaine précédente, dont quarante-deux homebrew, une quinzaine de jeux reposaient sur l'IA au moment d'écrire. Face à ce déluge, les grands portails de la scène doivent désormais trancher.

NESdev, SMS Power, CPC Power : les portails ferment la porte

Les décisions s'enchaînent. Le 9 octobre, Maxim, administrateur de SMS Power, référence de la scène Master System, a posé une règle claire : « si votre création est majoritairement générée par un LLM, merci de ne pas en parler ici ». Seules sont tolérées les questions ciblées pour corriger ou comprendre ce qu'une IA a produit, car le forum doit rester un lieu où les développeurs « se parlent de développement ». NESdev interdit à son tour les jeux entièrement produits par IA, avec des exceptions pour les projets qui « amènent quelque chose d'utile à la communauté », à condition que l'usage de l'IA soit clairement indiqué. Côté Amstrad, CPC Power a annoncé qu'il ne listerait plus ces titres.

La décision la plus radicale vient de la scène Atari 8-bit. František Houra a fermé Fandal, son portail tenu depuis vingt ans, « écœuré par l'avalanche de portages bâclés » sur sa machine de prédilection, selon le Mag de MO5.COM. D'autres plateformes historiques, des archives de romhacks aux bases de données consacrées à une machine, se retrouvent face à la même question : recenser tout ce qui sort, signaler l'usage de l'IA, ou fermer la porte.

Le temps d'attention, nouvelle ressource rare

Sur les forums et les serveurs de passionnés, les arguments se précisent. Le rejet n'est plus seulement éthique, écologique ou social : il tient au volume. Beaucoup de ces productions sont des brouillons publiés tels quels, incomplets, peu testés. Certains jeux réclament même des extensions matérielles exotiques pour tourner, ce qui va à l'encontre de l'esprit de la scène, censée tirer le meilleur de la machine d'origine. L'usage de l'IA n'est pas toujours signalé sur les pages de téléchargement. Surtout, ce déluge noie le travail des développeurs qui codent leurs projets depuis des mois. Guillaume Verdin rappelle ainsi que les portages de Ian Ford, Shinobi et Golden Axe sur Neo Geo, avaient fait sensation, et qu'ils passeraient aujourd'hui presque inaperçus dans la masse. Pendant ce temps, sur AtariAge, un fil consacré aux logiciels conçus par IA s'étire sur des pages entières...

La vague dépasse d'ailleurs largement le cadre des vieilles machines. Comme le rapporte Numerama, des internautes lancent désormais de gros jeux dans un simple onglet de Chrome, sans rien installer ni configurer le moindre émulateur. Des portages non officiels, et illégaux, font tourner dans le navigateur d'anciens épisodes de grandes séries, comme GTA V, Halo: Combat Evolved ou le mode Zombies de Call of Duty: Black Ops. Deux facteurs expliquent cette accélération : WebGPU, successeur de WebGL, permet aux navigateurs récents de mieux exploiter la carte graphique, et les assistants de code à base d'IA accélèrent la traduction du code d'origine. Alex St. Louis, fondateur du studio Wonder Interactive, affirme ainsi que GTA V a été porté en WebAssembly avec l'aide de l'IA, sans préciser par qui ni comment. Dernier exemple en date, Skate 3 aurait été porté dans le navigateur en quelques jours par un étudiant en cybersécurité de 18 ans.

L'IA n'est pas pour autant rejetée en bloc. Certains auteurs l'assument et le revendiquent, à l'image de OutRun 2026 sur Amstrad CPC, testé version après version sur la vraie machine, ou de l'auteur d'un portage de L'Aigle d'Or sur C64, qui reconnaît que l'IA « doit être guidée ». À l'inverse, des créateurs comme DomKid mettent désormais en avant l'absence d'IA, comme pour son Forest of Illusion sur Neo Geo.

Une ligne éditoriale plutôt qu'une polémique

C'est sans doute là que l'approche de Guillaume Verdin se distingue. Plutôt que de jeter l'anathème, il explique son choix, faute de temps : écarter la plupart des jeux IA de son bilan dominical, et profiter de la place libérée pour présenter autrement ces productions, ici une salve de portages d'arcade sur Neo Geo signés Teo Tormo, de Street Fighter II' Special Champion Edition à Altered Beast et RoboCop. Une position assumée, transparente, qui ne condamne personne mais fixe une règle.

Rom Game n'échappe pas à la question, et autant jouer la transparence. Le site utilise lui aussi l'intelligence artificielle, pour rechercher des compléments d'information autour d'une actualité et pour faire le tri lorsque les sorties et les annonces sont trop nombreuses pour être toutes suivies. Un usage d'outil d'aide à la veille, qui ne dispense pas de choisir ce qui mérite d'être mis en avant. 

Les portails, les médias et les agrégateurs de la scène vont tous devoir en faire autant : dire ce qu'ils recensent, et pourquoi. Car si les outils progressent, le temps d'attention des joueurs, lui, ne s'étend pas.

Sources : Le Mag de MO5.COM, SMS Power

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