
Après Rollerball et le tennis de la Game Boy, Michel Louvet, alias Oldschool Is Beautiful, s'attaque à un monument : OutRun. Baptisé OutRun 2026, son portage pour Amstrad CPC 6128 reprend la version Master System du hit de Sega. Il a une particularité qui fait déjà débat : « pas une seule ligne de son code assembleur Z80 n'a été écrite par un humain », résume Indie Retro News.
Un OutRun sans une ligne écrite à la main
Le partage des rôles est assumé. Claude Opus 5.5, le modèle d'Anthropic, piloté via Claude Code, a écrit le moteur en assembleur Z80, les outils d'extraction des données et la conversion musicale. Michel Louvet, lui, a dirigé le projet, testé chaque version sur émulateur comme sur un vrai CPC, et signalé ce qui n'allait pas.
Le chantier n'avait rien d'une simple recopie. Le code de la Master System ne peut pas tourner tel quel sur un CPC, car sa route s'appuie sur le matériel vidéo de la console : le moteur a donc été entièrement réécrit pour l'Amstrad. Tout le reste a été mesuré sur la version Master System plutôt que deviné : le tracé des circuits, les décors, la musique et la conduite de la voiture. L'accélération, le freinage, la direction et même la force centrifuge reprennent ceux de l'original. Le jeu s'affiche en mode 0 avec un double tampon, à environ 16 images par seconde, et la musique, convertie de la puce SN76489 de la console vers le processeur sonore AY du CPC, est jouée au tempo d'origine.
Côté contenu, rien ne manque à l'appel. Les quinze étapes et leurs embranchements conservent les virages et les reliefs de l'original, chacune avec son horizon et ses décors de bord de route. Les panneaux fléchés annoncent les virages aux mêmes endroits que sur Master System. Les trois morceaux, Magical Sound Shower, Passing Breeze et Splash Wave, sont présents en version intégrale. On retrouve le trafic, les accidents et les têtes-à-queue, la séquence de départ avec la foule et les feux, et le bonus de temps à chaque point de contrôle. Trois niveaux de difficulté sont proposés, le plus élevé reprenant la conduite de la version Master System, avec une boîte manuelle ou automatique. Musique, difficulté et transmission se choisissent au lancement.
Le jeu se joue au joystick ou au clavier, et tient sur une seule disquette. Il réclame un CPC 6128, ou un émulateur réglé sur 128 Ko, et se lance d'un simple RUN"OUTRUN. Gratuit et non commercial, ce portage de fan n'est pas affilié à Sega, propriétaire de la marque. Il est disponible sur la page itch.io de Michel Louvet.
La comparaison avec l'histoire est cruelle. En 1988, la conversion officielle d'US Gold sur CPC avait laissé un souvenir douloureux à ceux qui rêvaient de retrouver la plus belle cylindrée de Sega sur leur micro. Sans éluder le précédent travail de François Lecornec, ce résultat de 2026 est, de l'aveu même de Gamopat, « franchement convaincant ».
Le homebrew face à l'abondance
C'est précisément ce qui inquiète le Dr Floyd, qui titre sans détour : « Michel Louvet tue le homebrew ? ». Son avertissement résume la crainte d'une partie de la scène : « Michel, il faudrait apporter une touche humaine, et ne pas se contenter de la version brute 100 % IA… Sinon, le homebrew va vite devenir une poubelle géante ». Quelques semaines plus tôt, le même site relayait déjà une tentative de portage d'OutRun sur 32X réalisée avec l'aide de l'IA.
La question mérite d'être posée à plus long terme. Jusqu'ici, un portage ambitieux se mesurait en mois, parfois en années, de rétro-ingénierie et d'optimisation. Il suffit de voir le travail d'orfèvre derrière Xevious en mode arcade perfect sur CPC ou le portage homebrew d'OutRun sur Game Boy Color. sans oublier le travail considérable de The Batman Group pour Pinball Dreams CPC ou le très attendu Vespertino.... Si quelques week-ends et quelques dizaines de dollars de crédit suffisent désormais, le catalogue des machines rétro pourrait se remplir à une vitesse inédite. Avec quels effets ? La rareté, qui faisait la valeur d'un portage réussi, pourrait s'éroder. Les sites et les forums devront peut-être apprendre à trier une production pléthorique. Et la frontière entre le créateur et le prescripteur deviendra plus floue.
Le réalisateur plutôt que le codeur
Michel Louvet n'élude pas ces questions, il les aborde à sa manière, empirique et amusée. Informaticien de métier, il reconnaît être à la fois étonné et un peu inquiet de ce que l'IA sait faire. Il prévient d'emblée ceux qu'elle rebute, et résume sa démarche d'une phrase : il le fait parce que ça l'amuse. Ses vidéos tiennent davantage du carnet d'expériences que du manifeste. Il y montre ce qui marche, mais aussi ce qui coince : sprites à retoucher, bugs de collision, optimisations à enseigner à la machine en lui faisant analyser des jeux réputés. Pour Rollerball, il avait d'ailleurs fait créer un éditeur graphique pour reprendre les personnages à la main. La touche humaine que réclame Gamopat n'est donc pas absente, elle s'est déplacée : du clavier vers la direction artistique, le test et le choix de ce qui mérite d'être porté.
Le débat ne fait que commencer. Le homebrew de demain ressemblera peut-être à un studio de cinéma, où le réalisateur compte autant que les techniciens. Ou bien la scène tracera une frontière nette entre créations artisanales et productions assistées. Une chose est sûre : OutRun 2026 tourne sur un CPC de 1985, et il va falloir apprendre à vivre avec. D'ailleurs, si le coeur vous en dit, les autres projets de la machine sont à suivre sur la page Amstrad CPC.
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