Sega SK-1100 : le clavier qui transformait la SG-1000 en ordinateur

Le clavier Sega SK-1100 transformait la SG-1000 en ordinateur 8 bits. Olipix explore ce périphérique de 1984, son BASIC bridé et son contournement par la multicart SD-1000.
publié le 2 juin 2026
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Parmi les périphériques les plus oubliés de l'histoire de Sega, le SK-1100 occupe une place singulière. Ce clavier sorti au Japon en 1984 promettait de métamorphoser la modeste console SG-1000 en véritable micro-ordinateur 8 bits, capable d'exécuter du BASIC, de charger des programmes sur cassette et même de faire tourner certains logiciels du SC-3000. Le vidéaste Olipix, déjà auteur d'un retour en vidéo sur l'épopée des SG-1000, vient d'en explorer en détail les possibilités, exhumant un pan méconnu de l'informatique japonaise des années 80.

Une console née d'un ordinateur contrarié

Pour comprendre l'existence du SK-1100, il faut remonter à 1983. Le 15 juillet de cette année, Sega lance la SG-1000, le même jour que la Famicom de Nintendo. Or, à l'origine, la firme avait conçu une machine plus ambitieuse : le SC-3000, un ordinateur familial. La SG-1000 n'en est, au fond, que la déclinaison console. Le clavier SK-1100 sert donc à « rattraper le coup » : branché sur le port d'extension de la console — y compris celui de la première SG-1000, situé à l'arrière — il restitue l'équivalent fonctionnel du SC-3000. Le périphérique ajoute deux prises jack pour le magnétophone, indispensable à la sauvegarde, ainsi qu'un connecteur destiné à la table traçante quatre couleurs SP-400, fondée sur la technologie Alps que l'on retrouvait dans nombre d'imprimantes de l'époque.

Un clavier minimaliste, un BASIC bridé

L'ouverture du boîtier réserve peu de surprises : le SK-1100 ne contient qu'une seule puce notable, le contrôleur d'entrées-sorties NEC D8255AC, entouré de quelques circuits logiques. C'est normal, rappelle Olipix : ce n'est pas un ordinateur, mais un simple clavier, toute l'intelligence résidant dans la console. Le tarif de 1984 a pourtant de quoi faire grincer des dents — 13 800 yens pour le clavier, contre 15 000 pour la console elle-même. La frappe, à gomme, évoque celle d'un Sinclair ZX Spectrum, chaque touche cumulant plusieurs fonctions, instructions BASIC et caractères katakana compris.

L'expérience dépend surtout de la cartouche employée. La version BASIC Level II-B n'offre qu'environ 2 ko de mémoire utile pour programmer, à peine plus qu'un ZX81, et se prive d'instructions clés comme la gestion des sprites ou le tracé de cercles. Ces démonstrations mettent aussi en évidence les limites du processeur graphique TMS9918A de Texas Instruments : en 256 × 192 pixels pour 16 couleurs, la puce souffre du fameux color clash, incapable d'afficher plus d'une couleur par bloc de huit pixels de large.

La bidouille moderne au secours du rétro

C'est ici que le présent vient prêter main-forte au passé. À l'aide de la multicartouche homebrew SD-1000 — disponible sur PCBWay, dont le boîtier peut être imprimé en 3D à partir des fichiers fournis sur le dépôt du projet — Olipix parvient à lancer le BASIC Level III sur le combo console-clavier, libérant près de 27 ko de RAM, là où les cartouches officielles du SC-3000 refusaient de fonctionner. Mieux : ce contournement permet de charger des jeux sur cassette programmés pour le SC-3000, machine surtout diffusée en Australie et en Nouvelle-Zélande, plus rarement en France ou en Italie, où ses logiciels d'origine sont aujourd'hui très difficiles à dénicher. Le test de Voltex Blaster, qui propose même une voix de synthèse, confirme la manœuvre.

Au-delà de la curiosité technique, la démarche illustre l'esprit qui anime aujourd'hui la scène rétro, des outils comme SMS Game Maker pour développer sur Master System aux greffes d'USB-C sur les manettes d'époque. Ces « extensions clavier pourri pour consoles pourries », pour reprendre l'expression affectueuse du vidéaste, n'intéressent qu'une poignée de passionnés. Mais c'est précisément cette niche qu'entretient son association Musée Replay, dont les 200 m² abritent une collection de matériel historique. Preuve que le SK-1100, accessoire bancal d'une console oubliée, a encore des choses à raconter.

Source : Olipix (YouTube)

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