
Un seuil historique pour la préservation vidéoludique
L'initiative citoyenne européenne Stop Killing Games, portée par le YouTubeur Ross Scott de la chaîne Accursed Farms, vient de franchir un cap décisif. Avec 1,29 million de signatures validées, la pétition dépasse largement le million requis pour déclencher une procédure officielle auprès de la Commission européenne. Cette dernière dispose désormais de six mois pour rencontrer les organisateurs, examiner leurs arguments et décider d'une éventuelle action législative.
Le combat mené par Ross Scott vise à mettre fin à une pratique de plus en plus répandue dans l'industrie : la fermeture unilatérale des serveurs rendant des jeux totalement injouables, alors même que les consommateurs les ont achetés. L'affaire The Crew d'Ubisoft, dont les serveurs ont été coupés en 2024, illustre parfaitement ce phénomène. Comme nous l'évoquions dans notre précédent article sur Stop Killing Games, l'initiative explore plusieurs fronts pour parvenir à ses fins.
Une stratégie sur plusieurs fronts
Au-delà de l'Initiative Citoyenne Européenne, les organisateurs de Stop Killing Games ont également tenté d'intégrer leurs revendications dans le Digital Fairness Act, un projet de loi européen plus large visant à renforcer la protection des consommateurs dans l'environnement numérique. Ce texte, dont la consultation publique s'est achevée en octobre 2025, traite notamment des pratiques manipulatrices comme les dark patterns, le marketing d'influence, les designs addictifs et les fameuses loot boxes.
L'initiative ne demande pas aux éditeurs de maintenir leurs serveurs indéfiniment. Elle réclame simplement la fourniture d'un patch en fin de vie permettant aux jeux de rester fonctionnels. Une exigence que les défenseurs jugent raisonnable pour des entreprises générant des milliards de revenus, même si certains cas techniques complexes pourraient poser problème.
L'industrie sur la défensive
Video Games Europe, l'association professionnelle représentant les principaux éditeurs européens (Nintendo, EA, Ubisoft, Sony), s'oppose fermement à ces propositions. Dans un mémo officiel publié en juillet 2025, le groupe argue que les joueurs reçoivent un préavis suffisant des changements à venir, conformément aux lois sur la consommation. L'industrie estime qu'une telle législation engendrerait des problèmes d'ingénierie significatifs, saperait la capacité à développer de nouveaux jeux et pourrait éroder les droits de propriété intellectuelle.
Les critiques juridiques pointent également la complexité d'une telle réforme. L'initiative impliquerait une réécriture fondamentale du droit de la propriété intellectuelle et du droit des contrats. L'Union européenne fonctionne sous la Directive sur la société de l'information (2001/29/CE), qui établit une liste exhaustive d'exceptions au droit d'auteur, contrairement à la doctrine plus souple du fair use américain.
Des premiers résultats concrets
Malgré l'opposition affichée, certains éditeurs ont déjà infléchi leurs pratiques. Ubisoft, particulièrement visé par la polémique autour de The Crew, a annoncé l'ajout d'un mode hors ligne pour The Crew 2 et The Crew Motorfest. En avril 2025, l'éditeur français a publié une vidéo détaillant ce mode, précisant que toutes les fonctionnalités ne seraient pas disponibles hors connexion et que les tests débuteraient fin avril. Le premier opus, déjà retiré, n'est toutefois pas concerné par cette mise à jour.
Ces concessions témoignent de l'impact grandissant du mouvement sur l'industrie. La pression populaire, combinée à la menace d'une législation contraignante, pousse progressivement les acteurs du secteur à reconsidérer leurs pratiques en matière de fin de vie des produits.
La stratégie duale de Stop Killing Games, combinant mobilisation citoyenne massive et lobbying institutionnel via le Digital Fairness Act, illustre la détermination du mouvement. Avec 1,29 million de citoyens européens mobilisés, la Commission européenne ne pourra ignorer cette demande de protection du patrimoine vidéoludique. Les prochains mois s'annoncent décisifs pour l'avenir de la préservation numérique des jeux.
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