×

Doom et Super Mario 64 tournent désormais dans un fichier PDF

PDF Player One : Des développeurs ont réussi à faire tourner Doom et Super Mario 64 dans des fichiers PDF, exploitant le JavaScript intégré au format pour une mise en abyme vidéoludique.
publié le 2 février 2026
partager sur :

La tradition du "Can it run Doom?" franchit une nouvelle étape dans l'absurde. Deux projets distincts démontrent qu'il est désormais possible de faire tourner Doom et Super Mario 64 directement dans des fichiers PDF, exploitant les capacités JavaScript intégrées au format documentaire. Une prouesse technique qui interroge autant sur l'évolution du standard PDF que sur l'obstination des développeurs à porter ces classiques sur les supports les plus improbables.

Le PDF, cette console de jeu insoupçonnée

Le format PDF, créé par Adobe dans les années 1990 pour standardiser l'échange de documents, a considérablement évolué depuis ses origines. Ce qui était à l'origine un dérivé simplifié de PostScript s'est transformé en spécification complexe intégrant XML et support JavaScript. C'est précisément cette dernière fonctionnalité qu'exploitent les deux projets.

Le portage de Doom, disponible sur GitHub sous le nom doom-pdf, fait tourner le jeu via une émulation DOSBox encapsulée dans le fichier PDF. L'exécution repose sur PDF.js, le moteur de rendu PDF intégré à la plupart des navigateurs modernes. Le projet Super Mario 64, développé par le créateur de contenu Game of Tobi, adopte une approche différente : le jeu tourne directement sans couche d'émulation supplémentaire, basé sur le code source décompilé du titre Nintendo 64.

Les performances restent logiquement limitées. Le fichier Super Mario 64 pèse 23,5 Mo et affiche quelques images par seconde seulement, avec un rendu graphique converti en ASCII. L'expérience relève davantage de la démonstration technique que du confort de jeu, mais prouve que le concept fonctionne.

La mise en abyme vidéoludique, une tradition

Ces projets s'inscrivent dans une longue tradition de portages improbables, véritable sport pour développeurs en quête de défis absurdes. Doom, sorti le 10 décembre 1993, est devenu le mètre-étalon de ces expérimentations. Le jeu d'id Software a tourné sur des distributeurs de billets, des thermostats, des mijoteuses connectées, des calculatrices et même des bornes de recharge électrique.

La mise en abyme atteint parfois des sommets conceptuels. Doom est ainsi jouable dans Doom II, créant une récursion vidéoludique vertigineuse. Plus récemment, le moddeur tr7zw a fait tourner Doom dans Hytale, le sandbox voxel concurrent de Minecraft, alors que ce dernier n'est même pas encore officiellement sorti. La technique utilise une grille de 80×60 blocs dont les couleurs changent pour reproduire l'image du jeu à 20 images par seconde.

Un format documentaire devenu trop permissif ?

Au-delà de l'anecdote, ces démonstrations soulèvent des questions sur l'évolution du standard PDF. L'intégration de JavaScript exécutable dans un format censé garantir la fidélité documentaire ouvre des perspectives problématiques en termes de sécurité. Si un fichier PDF peut faire tourner un jeu complet, il peut théoriquement exécuter n'importe quel code — y compris malveillant.

Game of Tobi n'a pas encore publié le code source de son portage Super Mario 64, espérant le faire ultérieurement. Le projet Doom est en revanche librement accessible sur GitHub pour les curieux souhaitant examiner l'implémentation technique.

Ces expérimentations rejoignent des initiatives comme DoomScroll, plateforme développée pendant cinq ans par James Baicoianu et Jason Scott permettant de jouer à des milliers de mods Doom directement dans un navigateur. La frontière entre document, application et jeu vidéo n'a jamais été aussi poreuse — pour le meilleur et pour le pire.

YouTube Thumbnail

Source : Hackaday

‹ Article précédent
GOG offre la trilogie Alone in the Dark pour célébrer son programme de préservation
Article suivant ›
Prince of Persia The Sands of Time : les fans remastérisent ce qu'Ubisoft a abandonné