
Il aura fallu près de quarante ans pour que le Shinobi des salles d'arcade pose ses valises sur la Sega Mega Drive. Michel Louvet, figure de la scène homebrew française connue pour sa chaîne Oldschool is Beautiful, vient de publier la version 1.1 de son adaptation, téléchargeable gratuitement sur sa page itch.io. Ce n'est ni un remake ni une émulation : la cartouche exécute le programme d'origine de la borne.
Le programme de la borne, à ses adresses d'origine
Sorti en novembre 1987 au Japon sur le System 16 de Sega, Shinobi lance le ninja Joe Musashi contre l'organisation Zeed, qui enlève les enfants de son clan. Le jeu prend la tête des classements des bornes japonaises en décembre 1987, puis devient aux États-Unis le kit de conversion le plus rentable de l'année 1988. Les adaptations se succèdent ensuite sur Master System, PC Engine, NES, Amiga ou Amstrad CPC. La Mega Drive, elle, doit se contenter dès 1989 d'une suite inédite, The Revenge of Shinobi, excellente mais très différente à jouer.
La démarche de Michel Louvet tient en une particularité technique. Le System 16 et la Mega Drive partagent le même processeur central, le Motorola 68000. Le code de la borne est donc conservé tel quel, à ses adresses d'origine, et seules les routines qui dialoguent avec le matériel de l'arcade ont été remplacées par du code natif : l'affichage, le son et les commandes. Le développeur affirme avoir comparé la logique du jeu à celle de la borne, image par image, sur une partie complète, fin comprise. Les ennemis, les timings, les zones de collision et le calcul du score doivent ainsi se comporter comme en salle. La démarche rappelle celle de son récent Pang sur Mega Drive, dont le code Z80 avait été traduit en 68000.

Le contenu est complet : les cinq missions, tous les boss, les stages bonus aux shurikens et la fin. L'image reste en 320×224 sans recadrage. La musique, écrite pour le YM2151 de la borne, a été convertie pour le YM2612 de la console, et les voix digitalisées passent par son convertisseur numérique. Le jeu garde la vitesse de l'arcade en 60 Hz comme en 50 Hz. Au démarrage, un menu d'options remplace le mode test de la borne : nombre de vies, difficulté, vitesse des tirs ennemis, langue anglaise ou japonaise, sélection du niveau, vies infinies et invincibilité. Le mode deux joueurs se joue en alternance, et le tout tient sur une cartouche de 4 Mo, sans mapper.
Les concessions faites à la 16 bits
Quelques arrangements étaient inévitables, et l'auteur les détaille sans détour. Le corps de l'hélicoptère, boss de la deuxième mission, est désormais dessiné dans le décor plutôt qu'en sprites, ce qui rend le combat plus fluide et réduit le scintillement ; le point faible, les rotors et la nacelle de tir restent des sprites. L'hélicoptère qui survole les niveaux 2-1 à 2-3 n'est plus affiché, car il provoquait de forts ralentissements, mais son rôle dans le jeu reste intact. Les soldats lanceurs de sabres empruntent les couleurs des soldats violets. Surtout, la borne affiche jusqu'à environ 110 couleurs simultanément, contre 61 pour la Mega Drive : les palettes ont été réduites niveau par niveau, et certaines teintes sont approximées.
Le processeur de la console, cadencé à 7,67 MHz contre 10 MHz pour la borne, laisse aussi des traces : quelques ralentissements dans les scènes les plus chargées et des sprites qui clignotent quand ils s'alignent trop nombreux. Un testeur a pourtant bouclé le jeu sur une Mega Drive PAL équipée d'une cartouche flash, en relevant les derniers défauts : quelques tuiles parasites à la fin des stages bonus et trois passages où le jeu ralentit encore. Le scrolling et les couleurs ont nettement progressé au fil des versions, publiées à un rythme soutenu : de la première bêta à la version 1.1, il ne s'est écoulé que neuf jours.



Un Shinobi d'arcade très attendu
Les premiers retours sont très positifs, avec quelques petites réserves. Plusieurs joueurs jugent l'adaptation si fidèle qu'ils en oublient parfois qu'ils jouent sur Mega Drive et non sur la borne !
Les puristes réclament en revanche le retour de l'hélicoptère (qui apparaît à la fin de l'une des premières missions) et des couleurs d'origine, au nom de la fidélité. D'autres regrettent des sprites peu ombrés, en rappelant ce que la console savait faire dès The Revenge of Shinobi et Shadow Dancer. Les voix digitalisées, jugées un peu râpeuses, et l'absence de reconfiguration des boutons font aussi partie des demandes.
Le projet n'est pas le premier à viser cette borne sur la console : en 2018 déjà, Professeur Tryphon publiait une première démo de Shinobi sur Mega Drive, reconstruite en étudiant le jeu image par image. L'approche de Michel Louvet est tout autre, puisqu'elle repart du programme de Sega lui-même. Sa présentation ne dit pas si l'intelligence artificielle a participé au travail, alors qu'il a récemment signé un OutRun sur Amstrad CPC écrit par Claude.
Le jeu se présente sous la forme d'une ROM à lancer sur émulateur ou sur une Mega Drive équipée d'une cartouche flash. Il a été testé principalement sous MAME et sur une vraie console, et l'auteur sollicite les retours des joueurs, capture et niveau à l'appui, pour peaufiner les prochaines versions. La session de jeu est visible sur la chaîne YouTube Oldschool is Beautiful.
Vous aimez notre contenu ?
Suivez-nous pour ne rien manquer !