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Disparition de David Rosen, cofondateur de Sega

David Rosen, cofondateur de Sega Enterprises Ltd. et figure majeure de l'industrie du jeu d'arcade, s'est éteint le 25 décembre 2025 à son domicile de Los Angeles, entouré de sa famille. Il avait 95 ans.
publié le 5 janvier 2026
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Né à Brooklyn en 1930, David Rosen a servi dans l'US Air Force entre 1948 et 1952, essentiellement au Japon et en Extrême-Orient pendant la guerre de Corée. Après son service militaire, il choisit de rester au pays du Soleil-Levant et fonde en 1954 Rosen Enterprises, une société initialement dédiée à la vente d'œuvres d'art et à l'exploitation de photomatons pour les cartes d'identité japonaises. Cette activité, baptisée Photorama, connaît rapidement le succès avec des centaines de studios installés à travers le pays.

La révolution arcade naît avec Periscope

En 1957, Rosen réoriente ses activités vers l'importation de machines d'arcade américaines au Japon, profitant d'un marché des loisirs en pleine expansion. Les machines remportent un succès immédiat. En 1965, il orchestre la fusion de Rosen Enterprises avec Nihon Goraku Bussan, également connue sous le nom de Service Games. De cette union naît Sega Enterprises Ltd., dont Rosen devient président-directeur général. Le nom Sega provient de la contraction de Service Games.

L'année suivante marque un tournant décisif. En 1966, sous la direction de Rosen, Sega lance Periscope, son premier jeu original conçu au Japon. Ce jeu électromécanique de tir sous-marin, doté d'effets sonores et lumineux innovants pour l'époque, rencontre un succès fulgurant. Mais l'innovation la plus marquante réside dans sa stratégie tarifaire : Rosen convainc les exploitants d'adopter le tarif de 25 cents par partie, contre 10 cents habituellement. Ce pari audacieux, initialement accueilli avec scepticisme, transforme l'économie des salles d'arcade américaines et relance toute l'industrie.

Entre conglomérats et renaissance

En 1969, Rosen négocie la vente de Sega au conglomérat Gulf+Western Industries, tout en conservant son poste de directeur général de la division. Il rejoint également le conseil d'administration de Paramount Pictures en 1982, alors que Sega devient une filiale de ce studio de cinéma. Cette épopée rappelle d'ailleurs La Révolution Arcade de SEGA, l'ouvrage de Ken Horowitz qui retrace l'histoire fascinante du constructeur à travers ses bornes d'arcade.

Après le décès de Charles Bluhdorn, patron de Gulf+Western, en 1983, Rosen quitte temporairement la direction de Sega. La branche américaine est alors cédée à Bally Midway. Mais en 1984, Rosen fait son retour en force : il s'associe avec Hayao Nakayama et Isao Okawa pour racheter la branche japonaise de l'entreprise pour 38 millions de dollars. Cette transaction permet la création d'une nouvelle entité, où Rosen devient co-président de Sega Ltd.

Un héritage indélébile

En 1986, Rosen participe à la fondation de Sega of America, dont il devient président. Installé à Los Angeles, il supervise les opérations américaines et internationales tout en conservant son rôle de directeur au sein de Sega Japon. Il restera à ce poste jusqu'en 1996, année où il démissionne en signe de solidarité avec Tom Kalinske, alors président de Sega of America. Cette histoire complexe et rocambolesque est admirablement documentée dans Le Système solaire de SEGA, un ouvrage d'Aurélien Thévenot qui explore les projets aboutis et avortés de l'entreprise.

Au-delà des chiffres et des dates, David Rosen restera dans l'histoire comme l'un des architectes de l'âge d'or des salles d'arcade. Son audace commerciale avec le tarif à 25 cents a redéfini les standards économiques du secteur. Sa vision entrepreneuriale a permis à Sega de passer du statut d'importateur à celui de créateur reconnu mondialement. Les passionnés qui souhaitent approfondir les origines américaines de Sega pourront consulter Génération SEGA Volume 1, un livre magistral de Régis Monterrin qui couvre la période 1934-1991.

En quittant l'industrie en 1996, Rosen laissait derrière lui une entreprise transformée, mais aussi tout un pan de la culture vidéoludique qu'il avait contribué à façonner. Sa disparition marque la fin d'une époque pour tous ceux qui ont grandi au rythme des pièces de 25 cents glissées dans les bornes d'arcade.

 

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Sources : Time Extension, Sega-Mag, RePlay Magazine

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