AmigaOS : Hyperion et Amiga Corporation signent l'armistice

AmigaOS : Hyperion et Amiga Corporation signent l'armistice

/ Deux accords répartissent les droits entre Hyperion, Amiga Corporation et Commodore International : marques, code source 8 bits, AmigaOS 4 et calendrier de la branche 68K.

C'est l'une des plus longues sagas juridiques du rétrocomputing qui vient de trouver son épilogue. Le 4 août 2026, Hyperion Entertainment BV et Amiga Corporation ont annoncé un accord amiable réglant leurs différends autour d'AmigaOS. Le texte, rendu public à l'occasion d'une motion de classement de l'affaire américaine, remplace le fameux contrat de 2009 et clarifie enfin qui détient quoi. Une clarification qui faisait suite à une première désescalade, quand les deux camps avaient suspendu leur guerre juridique pour revenir à la table des négociations. Un second accord, conclu en parallèle avec Commodore International, vient compléter le tableau et dessiner pour la première fois depuis trois décennies un cadre lisible pour l'ensemble de l'héritage.

Les marques reviennent dans le giron d'Amiga

Le cœur du litige portait sur la propriété intellectuelle, et l'accord tranche nettement : Hyperion reconnaît la propriété d'Amiga Corporation sur les marques historiques Kickstart, Workbench, AmigaOS et le célèbre BoingBall. Plus de vingt enregistrements à travers le monde doivent être transférés.

Le second volet règle la question symétrique, celle du nom Commodore. Sa dispersion remonte à la liquidation d'Escom en 1996 : les marques Commodore et « C= » se sont alors détachées du reste des actifs, avant d'être rachetées par Tulip Computers puis de passer de main en main jusqu'à l'actuelle Commodore International, dirigée par Christian « Perifractic » Simpson. Le nouvel accord entérine cette séparation : Commodore International détient les marques Commodore et « C= », tandis qu'Amiga conserve le droit de les employer en contexte historique ou descriptif, dans les logiciels, la documentation et les écrans d'origine. Le partage est plus tranché encore sur la technique : Amiga Corporation garde la propriété du code source, des binaires, des plans matériels, des données de fabrication et de la documentation, pour les machines 8 bits comme pour l'Amiga. Commodore International, de son côté, obtient une licence sur les logiciels et la documentation des ordinateurs 8 bits.

Pour Timothy De Groote, directeur d'Hyperion, la manœuvre était assumée dès la reprise de la société : « Dès le début de notre prise de participation, nous avions un objectif clair : mettre un terme aux poursuites judiciaires en cours ». Le dirigeant dit désormais espérer pouvoir « se concentrer sur les utilisateurs et le système d'exploitation que nous aimons tous ».

AmigaOS 4 libéré du PowerPC, la branche 68K en sursis

Côté développement, l'accord dessine deux trajectoires distinctes. Pour AmigaOS 4, Hyperion poursuit le développement sous licence d'Amiga Corporation, en conservant les droits sur le code écrit en propre ainsi que le droit de distribution sans redevance, une licence sur le code source d'AmigaOS 3.1 et l'usage exclusif de la marque AmigaOne. La véritable nouveauté est technique : AmigaOS 4 n'est plus cantonné au PowerPC et pourra viser toutes les architectures de processeurs, à l'exception du m68k. Une porte ouverte, en théorie, à des horizons matériels bien plus larges que ceux du système historique décrit dans les précédents articles consacrés à AmigaOS 4.1. La cible reste AmigaOS 4.2, sans date de sortie annoncée à ce stade.

La branche 68K, celle d'AmigaOS 3.2 et 3.3, fait l'objet d'un régime nettement plus encadré. Hyperion obtient une licence de distribution limitée aux mises à jour des systèmes existants et bornée dans le temps : jusqu'au 31 décembre 2027 au plus tard, avec une redevance par copie vendue dont le montant n'a pas été divulgué. Passé cette échéance, Amiga Corporation reprendra la responsabilité du développement 68K. Hyperion devra alors livrer le code source, l'historique des révisions et la documentation d'AmigaOS 3.1.4 — à l'exception du code d'AmigaOS 4 rétroporté dans les versions 3.2 ou 3.3 — et libérer ses développeurs et sous-traitants de toute clause les empêchant de collaborer avec Amiga.

La paix des braves ne fait pas le code

Reste que le calendrier impose une pression réelle : Hyperion a jusqu'à fin 2027 pour boucler et commercialiser AmigaOS 3.3 avant de passer la main. Certaines zones d'ombre subsistent d'ailleurs sur les obligations exactes de transfert de code pour les versions 3.2 et 3.3. La clarté juridique peut aider un projet logiciel, mais elle ne remplace ni le code, ni les tests, ni le support matériel. Après des années passées devant les tribunaux, la communauté attend désormais des avancées concrètes plutôt que des victoires procédurales.

Le cadre a néanmoins une conséquence matérielle immédiate. Détentrice des marques et titulaire d'une licence sur le patrimoine logiciel 8 bits, Commodore International dispose désormais de la latitude nécessaire pour envisager des rééditions Amiga en FPGA, sur le modèle du C64 Ultimate déjà commercialisé. Amiga Corporation ne s'en cache pas et résume la séquence d'une formule : « the circle is closing ». Quarante-deux ans après que Commodore eut racheté Amiga Corporation, en 1984, pour 24 millions de dollars, la machine imaginée par Jay Miner, RJ Mical et Dale Luck se retrouve juridiquement réunie avec le nom qui l'a portée jusqu'en 1994. Il reste à voir ce que cette réunification produira comme matériel et comme logiciel.

Sources : Time Extension, Amiga France, Amiga-News

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