
Faire tourner un environnement de bureau graphique sur une machine 8 bits de 1985 relève déjà de la performance. Y ajouter un navigateur web tient de la provocation. C'est pourtant ce que propose GeoBench, projet signé Salvatore Bognanni, disponible sur Amstrad CPC, MSX2 et Amstrad PCW.
Un hybride entre GEOS et Workbench
L'auteur ne cache pas ses références : GeoBench est décrit comme un clone hybride qui emprunte les meilleures idées de GEOS, l'environnement graphique du Commodore 64 sorti en 1986, et de l'Amiga Workbench. On y retrouve le vocabulaire visuel des interfaces de l'époque : fenêtres, icônes, navigation au double-clic pour parcourir les lecteurs et ouvrir les fichiers.
Le système ne remplace pas le DOS de la machine hôte. Il s'installe comme une couche graphique par-dessus l'existant, ce qui limite la casse en matière de compatibilité. Techniquement, l'architecture repose sur un noyau Z80 résident qui prend la main sur la machine et expose une API sous forme de table de sauts fixe. Les applications, écrites en C et compilées avec SDCC, s'exécutent en co-résidence dans les pages de banques d'extension et dialoguent avec le noyau via la bibliothèque libgb. Une organisation qui explique comment les trois plateformes partagent pratiquement la même base de code.

Un navigateur web et un client Telnet sur CPC
La suite logicielle livrée est fournie : gestionnaire de fichiers à défilement, visionneuse d'images, éditeur de texte, éditeur d'icônes, programme de dessin, horloge et plusieurs économiseurs d'écran. Un jeu natif complète l'ensemble, Kana Mahjong.
La partie la plus inattendue reste le volet réseau. GeoBench embarque un navigateur web gérant les liens et les formulaires GET, ainsi qu'un client Telnet. Sur CPC et PCW, la suite est complète ; sur MSX2, la connectivité passe par la norme TCP/IP UNAPI. Un composant optionnel baptisé GB-proxy sert de relais pour rendre les sites contemporains digestes par la machine — sans quoi le web moderne resterait hors de portée d'un Amstrad CPC. Le projet définit également son propre format d'image portable, GBPC v2, commun aux trois cibles.



Trois machines, une base de code, une licence libre
Côté matériel, GeoBench demande un CPC 128 Ko minimum, avec démarrage possible depuis une disquette ou via une carte Albireo ou M4. La version MSX2 propose au choix les modes Screen 6 ou Screen 7. Les PCW 8256 et 8512 sont également pris en charge. Un répertoire QA du dépôt fournit des médias prêts à l'emploi, ce qui dispense l'utilisateur final de toute compilation — les instructions de build restant documentées pour les développeurs.
Le code est publié sous licence BSD 3-Clause sur GitHub. La feuille de route évoque des améliorations du programme de dessin, la gestion des dossiers et de nouveaux économiseurs d'écran. Un rythme de développement qui inscrit le projet dans la continuité d'une scène homebrew particulièrement active sur les machines 8 bits européennes, où le portage croisé entre CPC, MSX et PCW reste un exercice rare tant les architectures divergent malgré leur processeur commun.
Sources : GitHub, CPCRulez, Amstrad User Club, MSX Resource Center
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