
En 2018, la liste des meilleurs émulateurs Android tenait en une page : DamonPS2 pour la PlayStation 2, Reicast pour la Dreamcast, DraStic pour la Nintendo DS et un portage encore balbutiant de Citra pour la 3DS, qui plafonnait autour de 20 images par seconde. Huit ans plus tard, presque tous ces noms ont disparu, changé de mains ou changé de nature. Entre-temps, les smartphones et les consoles portables sous Android ont gagné une puissance suffisante pour faire tourner la GameCube, la PS2 et une partie de la bibliothèque Switch. Les développeurs ont appris à remplacer les pilotes graphiques des constructeurs. Et Nintendo a mené une offensive juridique sans précédent contre l'émulation de ses consoles récentes.
Ce dossier remplace la sélection publiée en 2018. Il fait le point, console par console, sur les logiciels qui comptent fin octobre 2026, ceux qui se sont arrêtés et les raisons de leur disparition. Les prix et les numéros de version cités ont été relevés le 29 octobre 2026. Un rappel s'impose avant d'aller plus loin : les émulateurs sont des logiciels légaux, mais les jeux et les BIOS restent protégés par le droit d'auteur.
De 2018 à 2026 : huit ans qui ont tout changé
Le smartphone devient console
Le premier bouleversement est matériel. En 2018, l'émulation sur Android se pratiquait surtout sur smartphone, au tactile ou avec une manette Bluetooth. Depuis, une véritable filière de consoles portables sous Android s'est développée. La Retroid Pocket 2, sortie en septembre 2020 avec une modeste puce MediaTek et 1 Go de mémoire vive, a ouvert la voie. Ses successeures ont gagné en puissance à chaque génération : puces Dimensity sur les Retroid Pocket 4 et 4 Pro fin 2023, Snapdragon 865 sur la Retroid Pocket 5 en 2024, puis Snapdragon 8 Gen 2 sur la Retroid Pocket 6, présentée en octobre 2025 et livrée début 2026.
Le constructeur AYN a suivi la même trajectoire, de l'Odin 2 sous Snapdragon 8 Gen 2, financée sur Indiegogo en août 2023 à partir de 299 dollars, à l'Odin 3, présentée en septembre 2025 comme la première console portable équipée du Snapdragon 8 Elite. AYN a aussi lancé la Thor, une console à clapet et à double écran pensée pour la DS et la 3DS. Anbernic a multiplié les modèles Android, des puces Unisoc des RG405M et RG556 au Dimensity 8300 de la RG477M, tandis qu'AYANEO a inauguré avec la Pocket S la puce Snapdragon G3x Gen 2, conçue pour le jeu. Même la Logitech G Cloud, sortie fin 2022 pour le jeu en streaming, a trouvé son public chez les amateurs d'émulation. Le marché est devenu suffisamment large pour justifier des guides d'achat dédiés aux consoles portables rétro.
Côté smartphone, les manettes à clipser se sont imposées, de la Backbone One, arrivée sur Android fin 2022, aux gammes Kishi de Razer.
Les pilotes graphiques, nerf de la guerre
Le second bouleversement est moins visible, mais tout aussi décisif. Sur Android, chaque fabricant fournit son propre pilote graphique, rarement mis à jour et souvent défaillant face aux exigences des émulateurs. La réponse est venue de Turnip, le pilote Vulkan libre du projet Mesa pour les puces graphiques Adreno de Qualcomm, et de libadrenotools. Cette bibliothèque, créée par bylaws, développeur de l'émulateur Switch Skyline, permet à une application de charger son propre pilote graphique sans accès root, en contournant celui du constructeur. Chaque émulateur doit l'intégrer, mais la plupart des grands projets l'ont fait.
Cette avancée a creusé un fossé entre les appareils. Les puces Snapdragon, qui embarquent un GPU Adreno, profitent de pilotes à jour. Les puces équipées d'un GPU Mali, chez Samsung (Exynos), MediaTek ou Unisoc, restent tributaires du pilote d'origine, et certaines fonctions manquent, ce qui pénalise particulièrement l'émulation Switch. Le dernier Snapdragon n'échappe pas au problème : selon Android Authority, la prise en charge par Turnip des GPU Adreno de la série 800 était encore en cours de développement fin 2025, et seules des versions communautaires expérimentales circulent en 2026.
2024, l'année de la grande purge
Le troisième bouleversement est juridique. Le 26 février 2024, Nintendo attaque en justice Tropic Haze, l'éditeur de l'émulateur Switch Yuzu, en invoquant le contournement de ses mesures de protection. Selon la plainte, The Legend of Zelda: Tears of the Kingdom aurait été piraté plus d'un million de fois avant sa sortie. L'affaire se règle en quelques jours : le 4 mars 2024, Tropic Haze accepte de verser 2,4 millions de dollars et met fin à Yuzu. Citra, l'émulateur 3DS développé par la même équipe, disparaît dans la foulée.
Les semaines suivantes ressemblent à un jeu de dominos. Davide Berra retire ses émulateurs Game Boy Pizza Boy du Play Store le 7 mars 2024, en invoquant des raisons familiales. Exophase rend DraStic gratuit. AetherSX2, déjà abandonné, est retiré du Play Store. Le développeur de DuckStation annonce de son côté vouloir quitter Android, en réaction à l'obligation imposée par Google de publier le nom légal des développeurs sur le Play Store. Ryujinx, l'autre grand émulateur Switch, s'arrête le 1er octobre 2024 après que Nintendo a contacté son développeur principal, gdkchan, pour lui proposer un accord. Ses portages Android et iOS, développés en interne, ne verront jamais le jour.
Nintendo a depuis maintenu la pression. Une seule notification envoyée à GitHub en mai 2024 a fait disparaître plus de 8 500 copies du code de Yuzu. Le 12 février 2026, une nouvelle vague visait treize émulateurs Switch d'un coup, puis le 17 août 2026, plus de 400 dépôts supplémentaires ont été supprimés. Toutes ces procédures s'appuient sur le contournement des protections techniques de la Switch, et non sur le code des émulateurs eux-mêmes. Aucune ne vise les émulateurs de consoles plus anciennes comme Azahar, Dolphin ou melonDS. En janvier 2025, Koji Nishiura, avocat spécialiste des brevets chez Nintendo, résumait la position de l'entreprise : un émulateur n'est pas illégal en soi, mais il peut le devenir selon son usage.
Les incontournables multi-systèmes
RetroArch, le couteau suisse
Déjà présent dans la sélection de 2018, RetroArch reste la porte d'entrée la plus complète. Le frontend de libretro, gratuit et open source, réunit sous une même interface des dizaines de « cores » d'émulation, de l'Atari 2600 à la Dreamcast, avec shaders, netplay et prise en charge des succès RetroAchievements. Sa dernière version stable, la 1.22.2, date de novembre 2025, et son développement reste intense.
Une subtilité mérite d'être connue. Sur le Play Store, RetroArch existe en deux versions : l'application principale, limitée à une cinquantaine de cores et privée du téléchargeur de cores intégré pour se conformer aux règles de Google, et RetroArch Plus, qui en propose jusqu'à 127. Le site officiel recommande plutôt l'APK complet, téléchargeable directement. Le revers de cette richesse est connu : l'interface reste déroutante pour les débutants.

Lemuroid, la simplicité d'abord
Pour ceux que RetroArch rebute, Lemuroid, développé par Filippo Scognamiglio, s'appuie sur les mêmes cores libretro dans une interface pensée pour le tactile : on désigne un dossier de jeux, et l'application s'occupe du reste. Gratuit, open source et sans publicité, il couvre les principales consoles jusqu'à la PSP et la DS. Son rythme est irrégulier : la version 1.17.0, publiée en avril 2026, est arrivée après dix-huit mois sans mise à jour, avec la prise en charge du micro de la DS et de nouvelles commandes tactiles.
Autre solution tout-en-un, ClassicBoy intègre lui aussi de nombreux cores, mais réserve une partie de ses fonctions, comme les sauvegardes d'état, à sa version payante.
Les frontends, vitrines des collections
L'autre évolution marquante depuis 2018 est l'essor des frontends, ces lanceurs qui présentent la collection de jeux avec jaquettes et vidéos, puis passent la main à l'émulateur adapté. Daijishō, gratuit sur le Play Store, s'est imposé sur les consoles portables. ES-DE, version Android de l'historique EmulationStation, est arrivé en février 2024 sous forme d'application payante, vendue hors du Play Store, et peut remplacer l'écran d'accueil d'Android. Beacon, vendu 3,39 €, et Pegasus, libre mais sans version numérotée depuis 2024, complètent l'offre, tandis qu'iiSU, encore en alpha, mise sur les appareils à double écran.
Enfin, Obtainium est devenu un compagnon précieux : de nombreux émulateurs étant désormais diffusés en APK sur GitHub plutôt que sur le Play Store, cet utilitaire libre installe et met à jour automatiquement les applications depuis leurs dépôts.
Des 8 bits aux 16 bits : un terrain conquis
Nintendo NES et Super Nintendo
Pour les consoles 8 et 16 bits, la question n'est plus de savoir si un appareil fait tourner les jeux, mais quelle interface choisir. Snes9x EX+, de Robert Broglia, déjà recommandé en 2018, reste gratuit et totalise plus de dix millions de téléchargements. Il appartient à une suite plus large, la gamme « .emu », dont les autres membres sont payants : NES.emu pour la NES (3,89 €), MD.emu pour les consoles Sega (4,89 €), PCE.emu pour la PC Engine, NEO.emu pour la Neo Geo et une dizaine d'autres. Toutes ont reçu une mise à jour commune en mars 2026, et leur code est publié sous licence libre sur GitHub. Les cores de RetroArch et Lemuroid, comme Mesen pour la NES ou Snes9x pour la Super Nintendo, offrent une alternative gratuite.
Sega, de la Master System à la Mega Drive
Côté Sega, deux cores font référence. Genesis Plus GX, développé par Eke-Eke, couvre la SG-1000, la Master System, la Game Gear, la Mega Drive et le Mega-CD avec une grande précision. PicoDrive, de notaz, prend en charge en plus la 32X. Les deux s'utilisent via RetroArch ou Lemuroid, ou à travers MD.emu.
Atari, PC Engine et Neo Geo
L'émulateur 2600.emu, cité en 2018, n'apparaît plus dans le catalogue du développeur sur le Play Store et n'est disponible qu'en préversion sur GitHub. L'Atari 2600 reste bien servie par le core Stella de RetroArch, également intégré à ClassicBoy. Les autres machines Atari (7800, 800, Lynx) disposent de cores dédiés, tout comme la PC Engine, émulée par les cores issus de Mednafen.
L'arcade avec MAME4droid et FinalBurn Neo
Pour l'arcade, MAME4droid, développé par David Valdeita, alias Seleuco, a profondément évolué. Les anciennes versions, basées sur des moutures de MAME datant de 2010, voire de l'an 2000 pour l'ex-MAME4All, restent en ligne, mais la version actuelle, MAME4droid Current, suit désormais le MAME moderne. Sa version de septembre 2026 repose sur MAME 0.289 et revendique plus de 40 000 jeux, les titres 3D de la fin des années 1990 réclamant un appareil haut de gamme. Le core FinalBurn Neo de RetroArch, successeur de FinalBurn Alpha, reste l'autre valeur sûre pour l'arcade et la Neo Geo.
Les portables Nintendo : du retour au départ
Game Boy, Game Boy Color et Game Boy Advance
Les deux émulateurs recommandés en 2018, My OldBoy! et My Boy!, sont toujours vendus sur le Play Store, respectivement 3,99 et 4,99 dollars, par leur éditeur Pixel Respawn, qui les a mis à jour en août 2026. Le même éditeur a lancé en février 2025 Linkboy, présenté comme le successeur de My Boy!, gratuit avec un achat unique pour les fonctions avancées.
Les émulateurs Pizza Boy, retirés en mars 2024, ont refait surface : Pizza Boy A pour la GBA et Pizza Boy C pour la Game Boy Color sont à nouveau en ligne et ont été mis à jour en octobre 2026, sans que la date de leur retour ni ses raisons aient été rendues publiques. L'émulateur de référence mGBA, de endrift, s'utilise quant à lui sur Android via ses cores libretro.
Nintendo DS : l'après-DraStic
Pendant des années, DraStic a été la référence de la DS sur Android. Devenu gratuit en mars 2024, il a disparu du Play Store en février 2025, sans explication, en même temps que le site de son développeur. Sa dernière version date d'avril 2024, et le code source promis n'a jamais été publié. Rien ne relie ce retrait à Nintendo.
La relève est venue de melonDS, dont le portage Android, signé Rafael Caetano, est disponible gratuitement sur le Play Store. En 2026, un fork baptisé WatermelonDS y a ajouté un rendu Vulkan, les RetroAchievements, les shaders de RetroArch et la gestion des écrans externes, particulièrement utile sur les consoles à double écran comme la Thor d'AYN.
Nintendo 3DS : de Citra à Azahar
La 3DS illustre mieux que toute autre console la résilience de la scène. Né en 2014 et porté sur Android en 2020, Citra s'est éteint le 4 mars 2024 avec Yuzu. Son code étant libre, plusieurs forks ont pris le relais, dont Lime3DS et celui du développeur PabloMK7. Le 30 octobre 2024, les deux projets ont annoncé leur fusion sous un nouveau nom, Azahar. Sa première version est sortie en mars 2025, et l'émulateur a depuis repris la place de Citra, avec une version publiée sur le Play Store et des ajouts propres, comme l'insertion de cartouche virtuelle et des gains de performances sur Android. Sa dernière version stable date d'octobre 2026. Le fork Mandarine explore des réglages plus expérimentaux, mais recommande lui-même Azahar à la plupart des utilisateurs.
L'ère 32 et 64 bits
PlayStation : DuckStation figé, ePSXe toujours là
En 2018, la PlayStation se jouait sur ClassicBoy ou ePSXe. Entre-temps, DuckStation, développé par Stenzek, est devenu l'émulateur de référence sur PC comme sur Android. Mais son histoire sur mobile a tourné court. En septembre 2024, son auteur a quitté la licence libre GPL pour une licence interdisant l'usage commercial et les versions modifiées, en reprochant à des tiers de ne pas respecter l'ancienne licence. En mars 2026, il a confirmé qu'il ne mettrait plus à jour la version Android. L'application reste sur le Play Store, mais figée dans sa version de mai 2025, et son dépôt GitHub précise qu'aucun support n'est assuré pour Android.

Le vétéran ePSXe, payant et à code fermé, continue en revanche d'évoluer : sa version 2.0.19, publiée en mai 2026, a ajouté la synchronisation des sauvegardes via Google Drive. Les cores de RetroArch offrent les alternatives libres : Beetle PSX, issu de Mednafen et réputé pour sa précision, SwanStation, un fork de DuckStation, et PCSX ReARMed, optimisé pour les processeurs ARM et adapté aux appareils modestes.
Nintendo 64 : un émulateur historique en sommeil
Recommandé en 2018, Mupen64Plus FZ, de Francisco Zurita, est toujours en ligne sur le Play Store, en version gratuite et en version Pro, mais aucune nouvelle version n'a été publiée depuis avril 2024. Aucune annonce d'abandon n'a été faite, mais l'émulateur est en sommeil. Le core Mupen64Plus-Next de RetroArch prend le relais. La Nintendo 64 reste par ailleurs une machine capricieuse à émuler, et le vrai renouveau de ses jeux passe aujourd'hui par les portages natifs issus de la recompilation, qui visent surtout le PC.
Saturn : Yaba Sanshiro, presque seul
La Saturn, absente de la sélection de 2018, est longtemps restée le casse-tête de l'émulation. Sur Android, Yaba Sanshiro 2, de devMiyax, est la solution la plus aboutie, proposée en version gratuite avec publicités et en version Pro à 5,49 €. Il a reçu une mise à jour en octobre 2026. Le core Beetle Saturn, très précis mais gourmand, et Saturn.emu de Robert Broglia complètent l'offre.
La sixième génération : la PS2 et la GameCube dans la poche
PlayStation 2, une saga mouvementée
Aucune console n'a autant agité la scène Android que la PlayStation 2. En 2018, la seule option était DamonPS2, application payante et à code fermé. Le 11 janvier de cette année-là, l'équipe de PCSX2, l'émulateur PS2 de référence sur PC, l'a accusée d'utiliser son code sans respecter la licence GPL, en avançant plusieurs preuves techniques. Selon PCSX2, le développeur de DamonPS2 lui aurait proposé une forte somme pour obtenir son silence, ce qu'il a toujours contesté. L'application est toujours en vente.
L'alternative est venue en décembre 2021 avec AetherSX2, un portage gratuit de PCSX2 développé par un seul programmeur, Tahlreth. Ses performances ont rapidement fait de lui la référence, au point d'attirer le pire de la communauté : en janvier 2023, son auteur a arrêté le développement, excédé par les usurpations d'identité, les exigences et les menaces de mort. Il a résumé la situation d'une phrase : « it isn't fun anymore ». L'application, rachetée et truffée de publicités, a été retirée du Play Store en mars 2024. Sa dernière version sans publicité continue de vivre à travers NetherSX2, une version modifiée maintenue par Trixarian, mais dont le cœur date de 2022.
Le véritable renouveau est arrivé le 26 octobre 2025 avec ARMSX2, un fork open source de PCSX2, publié sur le Play Store dès novembre 2025. Plus lent que NetherSX2 à ses débuts, il a progressé à grande vitesse : prise en charge des GPU Mali en mai 2026, puis, pour son premier anniversaire, une version 2.9 dotée d'un nouveau compilateur et de pilotes graphiques maison pour les puces Adreno et Mali. Le projet est désormais disponible sur Android, iOS, macOS, Linux et Windows ARM. Dans son sillage, PSX2, un émulateur payant vendu sur le Play Store, a été accusé par l'équipe d'ARMSX2 d'être une copie de mauvaise qualité, en partie générée par intelligence artificielle. PCSX2, de son côté, n'a annoncé aucun portage officiel sur Android.
GameCube et Wii : Dolphin, valeur sûre
Huit ans après avoir été salué dans la sélection de 2018, Dolphin reste l'un des projets les plus solides de l'émulation Android. Gratuit, open source et disponible sur le Play Store comme sur F-Droid, il a consacré sa version de septembre 2026 presque entièrement à Android, avec le netplay entre plateformes, la prise en charge de la Balance Board et une recherche dans les paramètres. Ses développeurs ont aussi travaillé à contourner les défauts des pilotes Mali, même si des problèmes subsistent sur ces puces.
Dreamcast : de Reicast à Flycast
Recommandé en 2018, Reicast a été abandonné : son dépôt est désormais archivé. Son fork Flycast, développé par flyinghead, a pris la relève. Gratuit, open source et sans publicité, il émule la Dreamcast mais aussi les systèmes d'arcade Naomi, Naomi 2 et Atomiswave, et il est disponible sur le Play Store depuis juillet 2024. Sa version 2.7 date d'août 2026. L'alternative Redream, à code fermé, propose une version gratuite et une version premium à prix libre, à partir de 6 dollars.
Les consoles récentes : le front expérimental
PSP et PS Vita
Déjà qualifié de meilleur émulateur PSP en 2018, PPSSPP n'a jamais quitté ce rang. Développé depuis 2012 par Henrik Rydgård, il reste gratuit, la version Gold servant à soutenir le projet sans offrir de fonction d'émulation exclusive. La version 1.20, sortie en mars 2026, a apporté une interface en mode portrait et un relais réseau pour le multijoueur local en ligne. La 1.20.4 de mai 2026 est la dernière stable, en attendant une version 1.21 annoncée pour Noël, qui devrait permettre de lancer des jeux PS1 grâce à l'émulateur intégré au firmware de la PSP.
La PS Vita, elle, est émulée par Vita3K, arrivé sur Android en février 2023. Toujours expérimental, absent du Play Store, il est distribué sous forme d'APK générés automatiquement depuis son dépôt principal et demande un appareil 64 bits compatible Vulkan.
PlayStation 3 : la course est lancée
Émuler la PS3 sur Android relevait encore de la science-fiction il y a peu. En 2025, aPS3e, un émulateur basé sur le code de RPCS3, est devenu le premier émulateur PS3 disponible sur le Play Store. Il a été critiqué pour sa reprise du code de RPCS3 avant de publier ses sources, et reste instable. Un portage mené par l'un des cofondateurs de RPCS3, rebaptisé RPCSX-UI-Android, n'a plus publié de version depuis avril 2025. L'équipe d'ARMSX2 a lancé en 2026 un projet cousin, ARMSX3, qui a dépassé la version 1.4 fin octobre 2026. Le constat du site Held Games, en août 2026, reste valable : aucune de ces solutions n'est encore prête pour un usage courant.
Wii U : un portage non officiel
Il n'existe pas de version Android officielle de Cemu, l'émulateur Wii U de référence. En juillet 2024, après une fuite, son équipe a même mis en garde contre des versions piégées et estimé qu'une sortie se situait au moins à un an. Le développeur SSimco maintient de son côté un portage Android non officiel, dont la version 0.5 date d'avril 2026 et qui se décrit lui-même comme précoce et expérimental.
Switch : une scène dans la tourmente
L'émulation de la Switch sur Android a connu l'histoire la plus chaotique. Skyline, conçu spécifiquement pour Android, s'est arrêté en 2023. La version Android de Yuzu, lancée en mai 2023, a disparu avec son créateur en mars 2024. Les forks qui ont suivi ont connu des fortunes diverses : Suyu a cessé son développement en février 2025, Sudachi a été abandonné par son développeur, et Citron a disparu en février 2026 à la suite de conflits internes, sans lien avec Nintendo selon le site Retro Handhelds.
Fin octobre 2026, trois projets restent actifs sur Android. Eden, le fork de Yuzu le plus suivi, a été retiré du Play Store en septembre 2025, puis privé de son dépôt GitHub par la vague de février 2026 : il est désormais hébergé sur son propre serveur et publie toujours des APK, la dernière version datant de juin 2026. Kenji-NX, un fork de Ryujinx, et Citron Neo, lancé par d'anciens contributeurs, complètent ce paysage. Le Rom Game a détaillé cette guerre des forks après Yuzu et Ryujinx. Les performances dépendent fortement de l'appareil, et les GPU Adreno restent largement privilégiés. Quant à la Switch 2, aucun émulateur ne fonctionne : le projet Pound n'en est qu'à la preuve de concept, et ses développeurs parlent d'au moins une décennie de travail. Les nombreuses pages qui promettent un « émulateur Switch 2 » pour Android relèvent de l'arnaque.
PS4 : pas encore
Aucune émulation de la PS4 n'est utilisable sur Android. L'émulateur shadPS4 n'existe officiellement que sur PC. Un fork non officiel, apparu en juin 2026, parvient à lancer Bloodborne ou Sekiro jusqu'aux menus, sans permettre de jouer. Là encore, les nombreuses applications « émulateur PS4 » proposées en ligne sont des faux.
Ordinateurs et PC : l'autre visage de l'émulation
DOS, ScummVM, Amiga et Commodore 64
Le DOS, que la sélection de 2018 évoquait en conclusion, se joue aujourd'hui avec Magic DosBox, vendu 3,99 €, ou avec le core DOSBox Pure de RetroArch. DosBox Turbo, longtemps populaire, est introuvable sur le Play Store. Pour les jeux d'aventure de LucasArts ou de Sierra, ScummVM reste la référence : gratuit, il a adopté une numérotation par date et a fêté ses 25 ans en octobre 2026.
L'Amiga dispose désormais d'un portage Android natif d'Amiberry, dont la version 8.5.0 date d'octobre 2026, en plus du core PUAE de RetroArch. Le projet VICE ne fournit plus de version Android officielle pour le Commodore 64, qui se joue avec C64.emu ou les cores VICE de RetroArch.
Windows sur Android
C'est la grande nouveauté de ces dernières années : faire tourner des jeux PC Windows sur un appareil Android. Winlator, lancé en 2023 par brunodev85, associe Wine à Box64, qui traduit le code x86 pour les processeurs ARM, et aux pilotes Turnip. Sa version 11.2, publiée en août 2026, intègre la dernière version de Mesa Turnip. GameHub, apparu sur le Play Store fin 2025 et attribué par la presse à GameSir, s'en inspire, mais a été critiqué pour ses traqueurs et ses permissions étendues : un fork communautaire, GameHub Lite, en propose une version expurgée. GameNative, open source et disponible sur le Play Store depuis juillet 2026, permet quant à lui de lancer sa bibliothèque Steam grâce à Proton et au traducteur FEX, financé par Valve.
Un avenir sous condition
Paradoxe de la période : alors qu'Apple a ouvert l'App Store aux émulateurs de consoles rétro le 5 avril 2024, permettant à Delta de dépasser 4,4 millions de téléchargements en une semaine, Android, longtemps terre d'accueil de l'émulation, se referme progressivement. Le 25 août 2025, Google a annoncé que les applications installées sur les appareils Android certifiés, y compris en dehors du Play Store, devraient provenir de développeurs dont l'identité a été vérifiée. Depuis le 30 septembre 2026, la mesure s'applique au Brésil, en Indonésie, à Singapour et en Thaïlande, pour les applications diffusées par les principales boutiques. L'extension au reste du monde est prévue pour 2027.
Dans cette première phase, les APK téléchargés directement et les boutiques indépendantes comme F-Droid ne sont pas concernés, et Google a prévu une procédure avancée pour installer une application non enregistrée, au prix d'un délai de 24 heures. Mais l'inquiétude est vive dans un milieu où beaucoup de développeurs travaillent sous pseudonyme, par prudence juridique. F-Droid juge le dispositif mortel pour son modèle, et plusieurs développeurs d'émulateurs ont fait part de leurs craintes : le responsable de NetherSX2 évoque une « mort à petit feu », et celui d'Azahar sur Android y voit une décision ouvertement malveillante. RetroArch, Dolphin ou PPSSPP, présents sur le Play Store, sont les moins exposés. Les projets les plus sensibles, à commencer par les émulateurs Switch, devront s'adapter.
Le contraste avec 2018 est saisissant. Les émulateurs payants à code fermé ont largement cédé la place à des projets libres, plus transparents et plus durables. Les consoles de sixième génération se jouent désormais sans difficulté sur un appareil de milieu de gamme, et la PS3 fait ses premiers pas. Reste une règle immuable, que la stratégie juridique de Nintendo rappelle régulièrement : les émulateurs sont légaux, mais les jeux et les BIOS restent protégés, et leur usage doit passer par des copies issues de ses propres originaux.
Sources : Android Authority, Android Authority (vérification des développeurs), Android Developers Blog, PC Gamer, Video Games Chronicle, GitHub DMCA, GamesRadar, PCSX2, Kotaku, Time Extension, ARMSX2, GamingOnLinux, Android Authority (DuckStation), PPSSPP, Azahar, Time Extension (DraStic), Notebookcheck, Retro Handhelds, Held Games, Android Police, Time Extension (AYN Odin 3), Gizmochina, AppleInsider, The Memory Core, Wikipedia
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