Thomson TO7 : Olipix réhabilite le premier micro familial français

/ Olipix réhabilite le Thomson TO7 de 1982, premier micro familial français : histoire mouvementée, crayon optique visionnaire, BASIC Microsoft sur mesure et jeux comme Pulssar 2 ou Choplifter.
publié le 31 août 2026
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Longtemps raillé, le Thomson TO7 méritait un réexamen. Dans une vidéo-test particulièrement complète, le vidéaste Olipix, à la tête de l'association Musée Replay, en retrace l'histoire, dissèque la carte mère, programme en BASIC et fait tourner plusieurs jeux pour trancher une question restée en suspens : ce fleuron contesté de la micro-informatique française était-il un « vilain petit canard » ou une audace industrielle mal comprise ? Derrière le clavier plat honni se cachaient, à l'évidence, de vraies innovations.

Un micro français né dans la douleur

L'aventure débute en 1979 lorsque Thomson, alors focalisé sur son ambition de devenir le leader européen de la télévision, charge son employé Michel Leduc d'étudier le marché naissant de la micro-informatique. La logique est limpide : chaque ordinateur réclame un écran, et vendre des machines revient à écouler davantage de téléviseurs. Après l'échec des négociations d'importation avec Apple, Atari et le Video Brain, le groupe se résout à concevoir sa propre machine sous le nom de code T9000, avec un cahier des charges strict : un micro grand public, compatible Minitel et péritel, pour moins de 2000 francs.

Le développement tourne au cauchemar. Pour décrocher un BASIC, Thomson obtient un rendez-vous avec Bill Gates : plutôt que de repartir de zéro sur le Motorola 6800, Microsoft propose d'adapter le langage tout juste terminé pour le Tandy Color Computer, ce qui pousse la firme à basculer vers le Motorola 6809. L'industrialisation enchaîne ensuite les catastrophes — boîtier qui se déforme, surchauffe, cordon péritel faisant office d'antenne parasite, un ordinateur sur deux non fonctionnel en sortie d'usine. Lancé en novembre 1982, épaulé par une trentaine de logiciels éducatifs signés Nathan, le TO7 voit son prix exploser jusqu'à près de 7000 francs, avant de redescendre à 3500. Une trajectoire à comparer à celle, tout aussi mouvementée, du MO5, son cadet devenu star des écoles.

Clavier plat, crayon optique et forêt de puces

Œuvre du designer maison Jacques Mingot, le boîtier triangulaire aux lignes épurées a bien vieilli, n'était le disgracieux dissipateur thermique ajouté à la va-vite pour compenser une surchauffe provoquée par le logement du crayon optique. Le clavier plat sensitif Alps, adopté pour des raisons de coût, fut habilement vendu comme « incassable » et résistant au café ou à la confiture. Autre atout stratégique : une prise péritel délivrant un signal RGB de qualité, pensée pour promouvoir le format Scart naissant face aux téléviseurs japonais.

La vraie prouesse tient dans la carte mère. Faute de puce graphique dédiée, l'affichage en 320 × 200 et 8 couleurs repose sur une « forêt » de circuits logiques 74LS, une gageure technique — avec pour rançon une contrainte de deux couleurs par bloc de huit pixels, familière des possesseurs d'Oric ou de ZX Spectrum. Côté mémoire, 16 Ko de RAM se partagent entre l'utilisateur et l'écran, la gestion des couleurs (3 bits de fond, 3 bits d'encre) se contentant même de puces 4116 exploitées sur six bits seulement. Mais l'argument phare reste le crayon optique, livré d'office : aucune autre machine familiale de 1982 n'osait intégrer un tel dispositif d'interaction directe avec l'écran.

Un BASIC sur mesure et une réhabilitation méritée

Le BASIC Microsoft, dérivé de celui du Tandy Color Computer, se révèle étonnamment riche, avec des instructions graphiques évoluées et surtout une gestion fine du crayon optique — commandes pen, input pen ou on pen permettant de définir des zones cliquables pour déclencher mélodies et branchements. De quoi rappeler l'inventivité des éditeurs de l'époque, à l'image de Loriciels et de son fondateur Laurent Weill, dont le shoot horizontal Pulssar 2 figure parmi les jeux testés, aux côtés des adaptations de Miner 2049er et Choplifter.

La conclusion d'Olipix sonne comme une réhabilitation : replacé dans le contexte de 1982, le TO7 s'impose comme le premier micro-ordinateur de loisirs entièrement conçu et fabriqué en France, vendu monté et non en kit, contrairement aux Goupil professionnels ou aux machines dérivées de bases américaines. Le vidéaste, qui promet un prochain épisode consacré au TO7/70, prolonge d'ailleurs l'exercice dans une seconde vidéo passant en revue toute la ludothèque du TO7, entre navets et vraies réussites. Les curieux d'anecdotes se reporteront au livre de Michel Leduc, co-créateur de la machine. Un rappel salutaire que ces Thomson recèlent encore de belles surprises.

Sources : Olipix (test du Thomson TO7), Olipix (tous les jeux du TO7).

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