Olipix poursuit sa traversée des salles d'arcade d'avant le pixel. Entamée il y a plus de deux ans avec les années 1950, sa série consacrée aux jeux électromécaniques atteint l'année 1972, présentée en plusieurs parties tant la production fut abondante. Le choix de la date n'est pas anodin : c'est le point exact où deux mondes se croisent. Computer Space est arrivé dans les salles en 1971, Pong suit en novembre 1972, et la Magnavox Odyssey, première console de salon, sort la même année. Pendant ce temps, les constructeurs de bornes mécaniques livrent certaines de leurs machines les plus abouties.
Miroirs, moteurs et lumière noire
La méthode de l'épisode reste inchangée : chaque machine est présentée par son flyer d'époque, ce document commercial destiné aux exploitants de salles, puis par des séquences de jeu filmées par des collectionneurs. Commando Machine Gun de Chicago Coin ouvre le bal avec ses hélicoptères aux pales entraînées par un moteur, qui cessent de tourner quand la cible est touchée, avant que l'appareil ne plonge dans un flash de lumière rouge. Un rouleau peint fait défiler des nuages en arrière-plan, et la mitrailleuse dispose d'un recul mécanique si violent que le propriétaire de la borne restaurée a préféré le débrancher.
Le procédé se retrouve d'une machine à l'autre : les objets sont installés dans le socle du meuble, éclairés à la lumière noire, puis renvoyés vers le joueur par des miroirs inclinés à 45 degrés. Dune Buggy de Midway pousse l'illusion jusqu'à faire cohabiter un véhicule réel, monté sur le décor, et un second projeté, que le joueur dirige au volant en évitant arbres et poteaux. Flying Tiger, encore signé Chicago Coin, place l'avion du joueur et celui de l'adversaire sur deux plans perpendiculaires réunis à l'affichage, le tout mû par des chaînes de vélo. Hill Climb de Bally abandonne les miroirs pour un tambour rotatif au relief sculpté : la moto se cabre dès qu'elle heurte une bosse, et le passage en mode nuit fait basculer le décor sous lumière noire. Le degré de réalisme atteint alors dépasse ce que les jeux vidéo produiront avant plusieurs années, constat déjà dressé dans l'épisode couvrant la période 1959-1964.
La bande magnétique cède la place à l'électronique
Une mention revient sur presque tous les flyers de 1972 : « solid state sound system », suivie de la précision « no tape ». Jusque-là, les bruitages étaient stockés sur des bandes magnétiques multipistes entraînées par des moteurs, un dispositif redoutable à entretenir. Le passage à des cartes électroniques devient un argument de vente auprès des exploitants, bien avant d'être un argument artistique. Desert Fox de MCI, où le joueur pique sur les blindés de l'Afrika Korps, insiste également sur l'abandon du film défilant. La bascule vers le numérique s'amorce donc par la maintenance, sur des machines qui restent intégralement mécaniques.
Golf Champ, ancêtre involontaire du Game & Watch
Golf Champ de Midway constitue la vraie curiosité de l'épisode. La borne n'en est pas une : c'est un cadre épais accroché au mur, piloté par deux manettes sans fil communiquant en radiofréquence. Derrière une vitre peinte, des lampes s'allument pour matérialiser la trajectoire de la balle, le joueur devant relâcher son bouton au bon moment pour doser sa frappe. Le principe, des formes préimprimées éclairées séquentiellement, préfigure très exactement celui des jeux LCD portables et des Game & Watch qui arriveront sept ans plus tard. Le constructeur déclinera le concept sur Bulls Eye, Dart Champ et une version de tennis de table.
Chez Sega, Grand National Race demande au joueur de synchroniser sa pression sur un bouton avec le rythme du galop d'un cheval lancé sur un tapis sans fin, la borne décidant seule des obstacles présentés. La maîtrise de l'illusion par le constructeur japonais, déjà relevée dans l'histoire de la SG-1000 racontée par le même auteur, s'exprime ici sans le moindre transistor.
Reste la question qui traverse tout l'épisode : une partie de ces machines n'a laissé aucune trace filmée, parfois pas même une photographie hors du flyer promotionnel. Les vidéos de collectionneurs constituent souvent l'unique document permettant de comprendre comment elles fonctionnaient. Un travail de documentation qui rejoint celui mené par le vidéaste sur des matériels oubliés, du Canon X-07 aux consoles japonaises mal distribuées en Europe.
Sources : Olipix
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