
Éteint depuis deux ans par Bethesda, Mighty DOOM vient de rouvrir ses portes — non pas grâce à son éditeur, mais à un joueur français. Le projet Mighty Resurrection a remonté de toutes pièces un serveur communautaire qui redonne vie au petit shoot roguelite mobile, un cas d'école de préservation d'un jeu en ligne condamné par la fermeture de ses serveurs officiels.
Chronique d'une mort annoncée
Sorti en mars 2023 sur iOS et Android, Mighty DOOM était un run & gun en vue de dessus signé Alpha Dog Games. On y incarnait le Mini Slayer, version miniature et presque attendrissante du Doom Slayer, lancé à travers des niveaux linéaires pour sauver Daisy, son lapin enlevé par les démons. Tir automatique, joystick virtuel, exécutions pour régénérer sa santé et arsenal culte de la série : l'ADN de DOOM était bien là, condensé pour le format mobile. Une formule appréciée dans ses fondations, mais plombée par une réception critique mitigée et surtout par un modèle économique jugé fastidieux.
Le couperet est tombé en mai 2024, quand Microsoft a fermé Alpha Dog Games le jour même où disparaissaient Arkane Austin et Tango Gameworks, les studios de Redfall et Hi-Fi Rush. Trois mois plus tard, le 7 août 2024, les serveurs de Mighty DOOM s'arrêtaient, rendant injouable un titre pourtant téléchargé 7,6 millions de fois.

Tout recoder à la main
C'est là qu'intervient Mighty Resurrection. Plutôt que d'attendre un hypothétique retour officiel, son développeur a redistribué un APK Android du jeu (compatible à partir d'Android 10) pointant directement vers un serveur communautaire accessible en continu. Au moment d'écrire ces lignes, le compteur affichait déjà 449 comptes enregistrés. La sauvegarde dans le cloud et l'intégration Google Play Games sont même de la partie, tout comme une communauté Discord pour remonter les bugs.
La prouesse tient au travail d'ingénierie inverse. Chaque requête que l'application envoyait au serveur officiel a dû être entièrement reconstituée : authentification, progression par chapitres, inventaire, talents, boutique, battle pass, achats intégrés et jusqu'à la gestion de l'identité Xbox. Mieux, le logiciel serveur est open source : n'importe qui peut l'héberger chez soi. Cette démarche s'inscrit dans la lignée d'autres sauvetages menés par des passionnés, du survival horror Alone in the Dark ressuscité en open source à Heretic II relancé par reverse engineering, en passant par les efforts de préservation de ScummVM.
Une ironie et un espoir
Le sort a un sens de la mise en scène : Alpha Dog Games a retrouvé son indépendance à l'été 2026, de nouveau piloté par ses fondateurs. Problème, la licence DOOM ne lui appartient pas — elle reste chez id Software et Bethesda, ce qui interdit au studio de rallumer lui-même son jeu. Il conserve toutefois les sources, et un coup de pouce discret aux développeurs de Mighty Resurrection ne serait pas de refus. Le genre roguelite n'est d'ailleurs pas étranger à la scène DOOM, elle qui avait déjà vu DoomRL passer en open source. En attendant, ceux qui veulent replonger — ou découvrir le jeu — peuvent se rendre sur le site du projet, en gardant en tête qu'il s'agit d'une initiative indépendante, sans lien avec les ayants droit.
Sources : Mighty Resurrection
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