Il y a 40 ans sortait MSX News, oeuf duquel naquit le magazine Micro News

Il y a 40 ans sortait MSX News, oeuf duquel naquit le magazine Micro News

/ Si les exégètes du retrogaming se penchent volontiers sur les sarcophages de Tilt, Joystick, Joypad ou encore Génération 4, un vilain petit canard du nom de Micro News semble voué à ne subsister que dans la ROM de ses aficionados les plus fidèles. À l'occasion du 40ème anniversaire de sa sortie dans les kiosques sous le nom de MSX News, découvrons ensemble dans quelle turpitude ses lecteurs se vautraient sans vergogne...

Le 15 octobre 1986 paraissait en France un modeste journal de 12 pages consacré à un standard informatique japonais que peu de Français possédaient. MSX News ne visait pas les sommets de la presse vidéoludique, et ne les atteindra d'ailleurs jamais. Pourtant, un an plus tard, sous le nom de Micro News, il devenait l'un des magazines les plus singuliers de la fin des années 1980 : impertinent, souvent graveleux, parfois en avance, et passage obligé pour une génération de journalistes. Son tirage, imprimé noir sur blanc dans l'ours, passera de 30 000 à 62 000 exemplaires en deux ans. Au total, 54 numéros paraîtront jusqu'en janvier 1992. Quarante ans après, retour, scans d'époque à l'appui, sur l'histoire d'un canard que ses lecteurs n'ont jamais tout à fait oublié, et que ses détracteurs n'ont jamais tout à fait pardonné.

1986 : un journal de boutique pour un standard japonais

Le MSX, un outsider sur le marché français

Le standard MSX naît en 1983 à l'initiative de Kazuhiko Nishi. Le principe : des micro-ordinateurs de marques différentes, compatibles entre eux, avec des couches logicielles comme le MSX BASIC développées par Microsoft. Sony, Canon, Sanyo, Toshiba, Yamaha, et en Europe Philips, adoptent la norme. Le MSX2 suit en 1985. Le succès est réel au Japon et dans plusieurs pays européens, beaucoup plus discret en France, où l'Amstrad CPC occupe le terrain.

Le MSX doit sa présence dans l'Hexagone à quelques acteurs. Sanyo France importe les premiers modèles, Maubert Electronic assure une large part de la distribution de logiciels, notamment les cartouches HAL et Konami, et des relais se trouvent chez Philips France, Canon France ou Sony. Le parc reste modeste : environ 80 000 machines vendues et quelque 25 000 utilisateurs actifs estimés en 1987, pour une part de marché de 5 à 6 % entre 1985 et 1987. C'est peu, mais assez pour faire vivre plusieurs titres spécialisés, comme Micros MSX (ex-Standard MSX) ou un éphémère MSX Magazine. Le standard a même eu sa console coréenne, la Zemmix de Daewoo.

Jean-Michel et Isabelle Berté, du MSX Vidéo Center à la presse

À l'origine de MSX News se trouvent Jean-Michel et Isabelle Berté, qui tiennent à Paris le MSX Vidéo Center, une boutique entièrement consacrée au MSX, installée rue de Charenton, dans le 12e arrondissement. Selon la chaîne Generation Micros, les cartouches y sont importées directement du Japon, et le magasin devient vite une référence pour les amateurs de la machine. Le journal sert à la fois à promouvoir le standard et à faire la publicité de la boutique. Les premiers numéros relèvent donc largement du publirédactionnel, mais sans langue de bois.

Pour tenir la rédaction, les Berté font appel à Jean-Michel Maman, un ancien de Tilt, passé aussi par Amstrad Magazine et connu sous le pseudonyme d'El Nionio. L'ours du numéro 3 détaille l'organisation. Le journal est édité par Sandyx SA, au 89 rue de Charenton. Jean-Michel Berté est directeur de la publication, Jean-Michel Maman rédacteur en chef, et Isabelle Berté s'occupe de la fabrication et de l'administration. Une équipe de testeurs, les « TNT Boys », se charge des jeux. Selon la fiche de Press-O-Tech, le titre paraît tous les deux mois et coûte 19 francs.

15 octobre ou novembre 1986 ?

La date de naissance varie selon les sources. D'après la présentation d'Abandonware Magazines, le premier numéro est sorti le 15 octobre 1986. Le MSX Wiki, Wikipédia et Abandonware France le datent de novembre 1986, ce qui correspond vraisemblablement au mois inscrit en couverture.

Cinq numéros sous la bannière MSX

Le premier numéro ne fait que 12 pages et cherche encore sa mise en page. Dès le deuxième, daté de janvier-février 1987 et présenté comme un numéro double, le journal passe à 40 pages, et son éditorial s'excuse déjà du retard de parution. Les numéros suivants sont datés d'avril-mai, de juillet-août et de septembre-octobre 1987. L'ours du numéro 4 affiche un tirage de 30 000 exemplaires et des correspondants aux États-Unis, au Japon, en Angleterre et en Belgique.

Les sommaires reflètent la ludothèque MSX du moment. Le numéro 3 teste Knightmare, Eggerland Mystery, Hole in One et Winter Games. Le numéro 4 se penche sur Hyper Sports, King Kong 2, Rambo, Arkanoid et Max Headroom. Autour des tests : des actualités, des utilitaires, des pages techniques sur le processeur vidéo V9938 du MSX2, des listings à recopier, et une « BD-Rôle » dont le lecteur est le héros.

1987 : MSX News devient Micro News

Le virage du numéro 6

Avec le numéro 6, daté de novembre-décembre 1987, MSX News devient Micro News et s'ouvre aux micro-ordinateurs du moment, Amiga, Atari ST, PC, Apple, ainsi qu'aux consoles Sega. Le marché MSX français ne décolle pas, et la manœuvre est jugée « beaucoup moins risquée » par la présentation d'Abandonware Magazines. Le logo garde la même police, seule la couleur change. Un témoignage laissé sur le même site avance une autre raison : Microsoft aurait exigé que le nom « MSX » disparaisse du titre. Aucune autre source consultée ne permet de le confirmer.

L'organigramme change aussi. Sandyx a déménagé passage de la Bonne Graine, dans le 11e arrondissement, et Jean-Michel Berté cumule désormais les fonctions de directeur de la publication et de rédacteur en chef. Jean-Michel Maman passe au statut de collaborateur indépendant, chargé du MSX et de Sega, jusqu'à la fin de 1988. Le tirage annoncé grimpe à 50 000 exemplaires. L'éditorial donne le ton :

« Nous n'allons pas vous faire le coup du super-numéro hyper réussi du plus beau journal du monde. Passer d'un bimestriel mono-ordinateur à un bientôt mensuel qui fuse de toutes parts, dans un style folâtrant qui cache plus de rigueur qu'il n'en a l'air, n'est pas tâche aisée. […] On n'est pas sur cette terre pour s'ennuyer et ceux qui pensent le contraire sont trop buggés pour cette fin de siècle. »

Le « bientôt mensuel » se concrétise avec le numéro 8, en mars 1988. Le MSX ne disparaît pas tout de suite des pages : le MSX Wiki recense du contenu consacré au standard jusqu'au numéro 43, daté de janvier 1991.

Le spectre d'Hebdogiciel

Le même numéro 6 annonce, sous le titre « Le spectre d'Hebdogiciel », l'arrivée de plusieurs anciens de cet hebdomadaire : le dessinateur Carali, le maquettiste Jean-Marc Gasnot, Jack Lindecker ou encore Jean-Yves « Ubu » Duhoo. Le texte, signé « la rédaction », les présente comme une bande d'énergumènes que le directeur de publication, « fouet en main », devra dompter. Abandonware France résume la position du titre : Micro News est « en quelque sorte le chaînon manquant entre Hebdogiciel », qui venait de disparaître, « et Joystick Hebdo », qui n'apparaîtra qu'à la fin de 1988.

Une équipe et ses années

Les rédacteurs en chef successifs

Les ours d'époque et la fiche d'Abandonware France permettent de retracer l'évolution de la rédaction. Jean-Michel Berté dirige la rédaction de novembre 1986 à mai 1989. Après la période Jean-Michel Maman au temps de MSX News, il confie la rédaction en chef à Olivier Fontenay de mai 1988 à mai 1989. Cyrille Baron, ancien d'Hebdogiciel et futur Joystick, est rédacteur en chef adjoint de septembre 1988 à mai 1989 ; il est revenu sur cette époque dans une interview accordée à Génération Micro. L'ours de janvier 1989 confirme ce trio : Berté à la direction de la rédaction, Fontenay rédacteur en chef, Baron adjoint.

Après le départ de Fontenay et de Baron, Jean-Michel Berté reprend lui-même la rédaction en chef, de juin 1989 à septembre 1990. Il est épaulé à partir de juillet 1989 par Georges Brize, qui devient rédacteur en chef en octobre 1990 et le reste jusqu'au dernier numéro. Berté conserve la direction de la rédaction jusqu'en décembre 1990. À partir d'octobre 1990, Jean-Claude Paulin puis Sylvain Allain dirigent la rubrique jeux.

Un centre de transit pour la presse micro-ludique

La rédaction a vu passer une bonne partie de la future presse vidéoludique française. Jean-Marc Demoly, alias J'M Destroy, y pige de novembre 1988 à janvier 1989 avant Joystick puis Joypad. Laurence Le Gentil, venue d'Arcades, collabore de février à novembre 1989, et Jérôme Darnaudet, futur Joystick puis Canard PC, de décembre 1989 à décembre 1990. On croise aussi François Coulon (Joystick Hebdo), Jean-Yves Trétout, Stéphan Schreiber, Jean-Pierre Labro, et des correspondants britanniques, Katharina Hamza et Gordon Houghton.

Certains parcours dépassent la presse. Olivier Fontenay deviendra producteur de jeux, notamment de L'Amerzone et de Syberia. Georges Brize et Bernard Jolivalt, pigiste de février 1991 à la fin, fonderont ensemble Micro Simulateur. Enfin, Marc Lacombe est l'un des plus fidèles : il collabore de juin 1989 à décembre 1990, puis de juillet 1991 à janvier 1992, avant de rejoindre Tilt. Il deviendra Marcus, figure de Level One sur Game One puis de Chez Marcus sur Nolife, et l'auteur de livres de souvenirs vidéoludiques.

L'esprit peu recommandable de Micro News

Des tests sans notes, ou presque

Les jeux se répartissent entre deux rubriques. Les « Tops du mois » réunissent les meilleurs logiciels sans leur attribuer la moindre note : figurer dans la rubrique suffit à recommander l'achat. Les « Softs du mois » accueillent les autres, notés en joysticks, de quatre pour un très bon jeu à un pour un titre médiocre, avec une poubelle réservée aux pires. N'oublions pas que les tests étaient souvent le prétexte pour partir volontiers dans le délire, à l'image de celui d'Elite signé Olivier Fontenay.

Prof ST, Docteur Amiga et les autres

Le magazine confie ses rubriques machines à des personnages d'une mauvaise foi assumée. Toujours selon Generation Micros, Prof ST est écrit par Cyrille Baron et Docteur Amiga par Olivier Fontenay : les deux se rendent coup pour coup au rythme de la guerre entre l'Atari ST et l'Amiga. Samouraï Micro, tenu par Jean-Michel Berté lui-même, résume l'actualité japonaise. Capitaine Pixel suit les 8 bits, surtout l'Amstrad CPC et le Commodore 64. Les Abondos couvrent le monde PC, et Major Thomson les ordinateurs Thomson. Archimède le Barbu parle de l'Archimedes d'Acorn, une machine que bien peu de magazines français suivaient. Les sommaires de 1989 confirment toute cette galerie, à laquelle s'ajoutent la rubrique arcade Insert Coin et la rubrique rétro Pépé Rétro.

Rosie Zounette, Sex Machines et Censuros

Le courrier des lecteurs est tenu par Rosie Zounette. Mais la rubrique la plus célèbre reste Sex Machines, que la page de sommaire du numéro 6 annonce déjà, sans détour, sous l'intitulé « Porno ». On y trouve les meilleures captures des strip-pokers de l'époque et les progrès de la digitalisation d'images sur micro, avec Censuros, un personnage dessiné par Carali, toujours là au mauvais endroit et au mauvais moment. Generation Micros rapporte qu'en juin 1989 Jean-Michel Berté reconnaissait dans son édito que de nombreux lecteurs commençaient leur lecture par cette rubrique.

Les dessins de Carali et de Jacques Lerouge, auteur de nombreuses couvertures, parsèment les pages, à l'opposé du sérieux d'un Tilt. De son vrai nom Paul Karali, Carali est le frère cadet d'Édika et le fondateur du Petit Psikopat, en 1982. Le magazine publie aussi la BD Bargon Attack, présente au sommaire dès le printemps 1990 et adaptée en jeu d'aventure par Coktel Vision en 1992.

Chaînon manquant ou humour lourdingue ?

Ce ton divise encore. Abandonware France le qualifie sans détour de « magazine micro-ludique français le plus beauf et lourdingue », avec ses « journalistes obsédés par le physique des attachées de presse ». L'éditorial du numéro 31, en mars 1990, illustre le registre : Jean-Michel Berté y salue Laurant Weill, PDG de Loriciel, qui a participé en personne à la course en motoneige ayant inspiré Harricana, sous le titre « Sur le cul ». Les commentaires de lecteurs sur Abandonware Magazines résument l'ambivalence : magazine culte aux couvertures kitsch pour les uns, ton « de plus en plus décalé » qui a fini par lasser pour les autres.

Un magazine en avance

Derrière cette image de garnement, Micro News a aussi été un pionnier. Il est le premier magazine français à publier un article sur la PC Engine de NEC, sous l'impulsion de J'M Destroy, très motivé à l'idée d'écouler quelques machines. Il le racontait au site Ze Player :

« J'ai eu une belle histoire d'amour avec la Nec Pc Engine. Cette machine était une vraie petite merveille et son lecteur CD-rom, une tuerie. D'ailleurs je ne l'ai pas dit, mais j'en ai vendu de la Nec lorsque j'ai été l'un des associés de la boutique Shoot Again. C'était le bon temps… »

Le numéro de janvier 1989 met en couverture une « console Sega 16 bits », le MSX2+, un Atari portable et la console Konix. Le magazine publie aussi un hors-série consacré à Sega en 1989. Avec la rubrique Pépé Rétro, il revient déjà sur des machines oubliées comme le Stratos ou le Thor de Clive Sinclair.

1989-1990 : l'apogée

En juin 1989, le numéro 22 affiche un tirage de 62 000 exemplaires, et le magazine est inscrit à l'OJD. Sandyx a quitté Paris pour Nanterre, et les numéros dépassent régulièrement les 110 pages, voire les 140 pour celui de janvier 1989. Au deuxième trimestre 1990, le rythme s'accélère : les numéros sont datés du 1er et du 15 de chaque mois, de mars à juin. Le magazine devient bimensuel, avant de revenir au rythme mensuel avec un numéro double en juillet-août, puis le numéro 39 en septembre.

1991-1992 : la vente, puis le silence

Le début des années 1990 est marqué par une concurrence acharnée sur le créneau des magazines généralistes, à commencer par Joystick. Selon Generation Micros, Jean-Michel Berté décide début 1991 de vendre le titre à un groupe de presse plus solide, les Publications Georges Ventillard, pour lutter à armes égales. Les ours le confirment : fin 1991, le magazine est édité par Ventillard, avec Georges Brize comme rédacteur en chef. Entre-temps, le numéro 42 de décembre 1990 présente la Game Gear de Sega et la Turbo Express de NEC, et le numéro 47 de mai 1991 propose des dossiers sur la Neo-Geo et sur Drakkhen.

séquence nostalgie- sachez pour l'anecdote que votre serviteur avait publié une soluce pour Alex Kidd in the Enchanted Castle dans le Numéro 44 de février 1991 qui lui valut - outre la gloire -  de remporter Budokan SEGA Mega Drive

 

Le numéro 53, daté de décembre 1991, inaugure une nouvelle formule, avec un nouveau logo en couverture et une maquette repensée qui fait la part belle aux news, aux previews et aux tests, détaillée par Georges Brize dans son éditorial. Le numéro dépasse les 220 pages et embarque un guide du Supergames Show 91. Mais le numéro 54, daté de janvier 1992, sera le dernier. Aucun éditorial, aucune annonce : rien n'indique aux lecteurs que Micro News s'arrête. Le vidéaste de Generation Micros se souvient avoir guetté en vain le numéro 55 chez son libraire jusqu'à la mi-février 1992.

Quarante ans plus tard : des archives bien vivantes

Si Micro News reste souvent absent des grandes rétrospectives sur la presse de jeu vidéo, ses lecteurs ont veillé à sa conservation. Abandonware Magazines propose les scans de MSX News et ceux de nombreux numéros de Micro News, consultables page par page ou téléchargeables. Abandonware France recense les 54 numéros et les membres de la rédaction. Le MSX Wiki liste tous les numéros contenant des pages MSX, avec des liens vers leurs versions numérisées sur Archive.org et Issuu.

En vidéo, la chaîne Generation Micros a retracé l'histoire complète du magazine, et Gunhed TV a feuilleté les numéros 12, 14, 15 et 16 de 1988. L'histoire du titre trouve aussi sa place dans les ouvrages consacrés à la presse spécialisée française, comme Presse Start, ou L'Âge d'or des jeux vidéo et de la presse spécialisée, publié en 2017 par Geeks-Line, la maison fondée par J'M Destroy.

Quant au standard qui lui a donné naissance, il n'a jamais tout à fait disparu : la scène MSX continue de produire jeux et outils, des décennies après la disparition de ce petit journal de boutique devenu culte. Son père, Kazuhiko Nishi, promet même depuis plusieurs années un MSX3, un nom qui a déjà raté son rendez-vous une première fois, puisque le MSX3 imaginé à la fin des années 1980 avait finalement cédé la place au MSX turbo R en 1990. Annoncée pour 2022, la nouvelle mouture a successivement été décrite comme un ordinateur monocarte, un appareil connecté, un supercalculateur personnel, puis une console portable façon Steam Deck avec clavier, sans jamais quitter le stade du prototype. En mars 2026, Kazuhiko Nishi indiquait encore sur les réseaux sociaux que les caractéristiques du MSX3 ne seraient fixées qu'après celles d'un intermédiaire baptisé MSX2++. Quarante ans après MSX News, le MSX reste ainsi fidèle à sa légende : plus de promesses que de machines dans les kiosques.

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